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dimanche 27 janvier 2019

"Dans le Silence des Mots Chuchotés (Il est Cri...)" - Mona Azzam

Mona Azzam

En partenariat avec Babélio dans le cadre de sa masse critique, et les éditions La Trace que je remercie.

De Mona Azzam, éditions La Trace, Poésie, Voyage, 2018.

Résumé :

« C'est d'abord une histoire de mots. Voire leur légende. Mais annoncer en quoi consiste l'histoire revient à la clore, car le thème des mots suffit à la définir tout entière : il s'agit, dans Le Silence des Mots Chuchotés, de révéler ce que seule la poésie exprime.
Il s'agit d'un poème en prose, d'une prose éminemment poétique, où la force de ce qui se raconte réside dans la vigueur de ce qui s'énonce.
Dès lors, pour résumer l'objet impossible à résumer parce qu'il est infini comme le rythme qui bat en lui, comme le souffle qui l'anime, comme les vibrations qui nous y attachent…»
Préface de Jean-Michel DELACOMPTÉE

Mon avis :

    Les mots portent en eux une mélodie, tantôt ferme, tantôt douce. La lecture de ce livre, c'est comme entendre la mélodie des mots. Constituées de 3 nouvelles, elles invitent au voyage, à une forme de sérénité et de réflexion. Mona Azzam sait jouer avec les mots. Tout en texture, en consistance, en vibration. Il s'en échappe une grande sensibilité, j'ai été ému, parfois le sourire aux lèvres durant la lecture.

    De l'Afrique dans la première nouvelle à Paris dans la seconde, et enfin un voyage intérieur dans la dernière, proche du mystère du monde. Avec cette prose, on sent le rythme poétique des vers. On se sent relâché, détendu. Dans la première nouvelle, le personnage part en Afrique pour retrouver son amour, Malicia, mais il y découvre le continent, ses couleurs, ses musiques, ses traditions. Dans la seconde, nous rencontrons deux personnages qui vivent chacun une perte et tentent, par cette rencontre, de débuter quelque chose de nouveau dans leur vie respective.

    La troisième nouvelle porte en elle ce cri, un conte philosophique où l'on voyage dans l'espace-temps à la création des mots. J'ai beaucoup aimé la force qui émane de cette nouvelle, on ressent le mouvement perpétuel du temps, les forces de la nature et de la création.

En bref :


Des nouvelles dans une prose poétique et mélodieuse. Une lecture douce et enveloppante. Une écriture dotée d'un grand talent du verbe et de son utilisation.

lundi 14 janvier 2019

"La ballade de la geôle de Reading" - Oscar Wilde


D'Oscar Wilde, éditions Folio, Poésie, parution en 2014.

Résumé :

" Dans la geôle de Reading, près la ville,
Est une fosse d'infamie
C'est là que gît un homme misérable
Dévoré par des dents de flamme ;
Dans un suaire brûlant, il repose,
Et sa tombe n'a pas de nom. "

Inspiré par deux années passées dans les prisons londoniennes pour "actes indécents", Oscar Wilde raconte dans ces vers bouleversants comme un long cauchemar, la douleur, l'angoisse, la culpabilité.

Mon avis :


    Je connaissais Oscar Wilde l'écrivain, je le découvre poète. Dans un premier temps, ce petit ouvrage présente les poèmes où Oscar Wilde aborde des thèmes variés : l'évocation de grandes villes comme Paris ou Londres, des souvenirs de ses voyages en Italie ou alors un hommage à Keats. Dans un second temps, vient "la Ballade de la geôle de Reading" où l'auteur aborde un événement qui l'a profondément marqué : la mise à mort d'un homme alors qu'il était lui-même emprisonné. Cet événement le marquera jusqu'à la mort.

    Les poèmes sont agréables à lire, ne m'ont pas transcendée comme les "Contemplations" de Victor Hugo, mais avaient un charme, comme une invitation au voyage. Lors de leur première publication, ils avaient été beaucoup décriés, en quête d'originalité, copiant maladroitement le style d'auteurs plus anciens. On trouve des références à la religion, réflexion sur la beauté des grandes villes. Il y a beaucoup de vie dans ce qu'il écrit et de référence à la nature :
"Bientôt, le matin filtrera
De vert vêtu, sur le silence des pelouses
Et lancera à l'amour apeuré
Les traits blancs de l'aurore.". Bords de l'Arno.

    Les émotions, les sentiments étaient accompagnés de ces notions de nature, du temps, de la végétation. Je n'ai pas senti qu'il en faisait "trop", il y a même une part de légèreté . 
"Un svelte et blond garçon, peu fait pour la douleur du monde,
Boucles blondes épaisses tombant sur ses oreilles,
Aux yeux charmeurs voilés de larmes d'enfant,
Telle une eau d'un bleu pur dans un brouillard de pluie". Jours perdus.


En cherchant les poèmes en version originale, j'en ai davantage apprécié le rythme et les rimes qui, ici, manquent avec une version traduite.

La Ballade de la geôle de Reading.
    En lisant ce long poème, j'ai eu l'impression quelques instants de me replonger dans "Le dernier jour d'un condamné" de Victor Hugo qui m'a beaucoup marqué. Wilde a été emprisonné pendant 2 ans pour homosexualité. Cet enfermement lui inspira une phrase qui résonne encore à notre époque : "Tolérance, intolérance… Aimer qui nous aime et qui l'on veut aimer… L'amour est à réinventer…".
    On y sent le poids de l'enfermement, la colère face à ce système carcéral. On sait l'ampleur des ressentiments des prisonniers. On vit avec eux les derniers jours et instants du condamné, de ces moments où il semble abattu jusqu'à ce cri déchirant. 
"Et la douleur qui l'étreignit au point
Qu'il poussa ce cri si amer,
Et les regrets fous, les sueurs de sang,
Qui les connaissait mieux que moi ?
Car celui-là qui vit plus d'une vie
Doit mourir de plus d'une mort."
    Et ce corps à qui on n'offre pas de sépulture digne. Oscar Wilde nous fait ressentir la petitesse de l'Homme, la bêtise d'une telle condamnation malgré le crime. Mais surtout ce sentiment de solitude qui étreint et ne laisse nullement pas indifférent. 
En bref :

Découvrir le poète donne envie d'en découvrir davantage sur l'homme et son œuvre. Les poèmes sont variés dans leur style et leur thème. La Ballade de la geôle de Reading est poignante et sert le cœur, car on y ressent toute la souffrance de l'auteur.

dimanche 4 février 2018

"Personne ne s'éloigne" - Olivier Vossot


En partenariat avec Babélio et son opération Masse Critique et les éditions l'Echappée Belle édition que je remercie.

Olivier Vossot, édition L'Echappée Belle Edition, octobre 2017, Poésie.

Résumé :


Les poèmes, souvent courts, forment ensemble une méditation autour du temps, de ses replis, de l'absence de ce que pourrait signifier disparaître ou être sans voix.

Mon avis :

    De tout temps, la poésie a été un modèle de dialogue : utilisés dans la chanson, comme support de contestation ou de déclaration d'amour, les mots sonnent et résonnent en fonction de l'époque. Une façon de voir la poésie aujourd'hui est de lire une chanson aves ses rimes. La poésie souffre parfois d'un regard vieilli, et c'est bien dommage car il n'y a pas que les grand poètes qu'il est intéressant de lire. Souvent, la poésie nous émeut par le sentiment ou la sensation qu'elle nous renvoie. Et il peut y en avoir pour tous les goûts.

    Dans "Personne ne s'éloigne", Olivier Vossot traite d'un sujet propre à tous : le temps qui passe. Il y a l'instant présent où "aujourd'hui" est important, car il renvoie à l'instant que l'on vit. Il y a ce passé qui est traité en filigrane via les souvenirs le plus souvent :
"Est-ce assez
qu'on se souvienne,
de la pluie tombée des toits,
des nuages défaits?"


    La nature est très présente tout au long du recueil. Cette nature comme témoin de ce temps qui passe, des détails parfois insignifiant, mais qui marque le quotidien : de la feuille qui tombe à l'automne, au soleil dans la cime des arbres. Le rapport également entre la nature et les émotions est agréable à lire. Olivier Vossot évoque régulièrement les différents éléments, principalement l'eau, fluide qui s'écoule, ruisselle, pleut. La nature est présentée changeante, vivante. J'ai ressenti la petitesse de l'humain face à la grandeur de la Nature.

    Comme pour toute poésie, chaque poème touchera de façon différente le lecteur. Certains m'ont paru fade, car il ne me renvoyait pas à une sensation ou un sentiment. D'autres m'ont touchés et certains passages trouvent une résonnance en moi.
"Nulle part
ne commence
ni ne finit le silence."
    La poésie n'est ni vieille ni démodée. Elle est le support de nos sentiments, de nos luttes parfois, et les vers peuvent être retenu souvent avec facilité. Se lancer et se laisser surprendre par le style, la forme.

En bref :

Renouer avec la poésie et relier les poèmes avec le temps qui passe.

lundi 20 juillet 2015

"Sonnets Protugais" - Elizabeth Browning

Sonnets Protugais

D'Elizabeth Browning, édition NRF, Poésie Gallimard, 2003
Résumé :
«Les Sonnets traduits du portugais sont légitimement considérés comme la plus belle œuvre d'Elizabeth Browning, peut-être parce que la poétesse, habituellement critiquée pour l'absence de clarté de ses métaphores, a su discipliner son talent dans la stricte forme du sonnet qui a l'avantage d'imposer l'utilisation d'une seule image, et de favoriser l'expression cohérente de sentiments intimes. Il reste impossible d'envisager ces poèmes indépendamment de leur référence personnelle : leur beauté et leur intérêt sont constitués par le récit dramatique de l'évolution amoureuse dans le cœur d'une femme. Ils forment une tentative, un rare témoignage de l'expression féminine et lyrique du désir, et c'est à ce titre que la voix d'Elizabeth Barrett-Browning demeure ce que Rilke appelle "un des grands appels d'oiseau dans les paysages de l'amour".»
Lauraine Jungelson. Edition bilingue.
Mon avis :
Nous sommes assez habitués à la poésie de grands auteurs masculins. La découverte d'une telle finesse d'écriture est une joie que j'aimerais partager.
je ne connaissais pas Elizabeth Browning avant la lecture de son travail. Cette édition m'a d'ailleurs permis de connaître son histoire et l'amour qu'elle a porté à son époux, Robert Browning. Riche d'un caractère bien trempée, elle a fait fi des décisions de son père afin de rejoindre et épouser l'homme qu'elle aimait.
Ils ont pu savourer leur idylle, rare pour l'époque : les mariages de convenance étaient de coutume, et les amoureux transi le plus souvent séparés. Aller à l'encontre de l'autorité paternelle était également malvenue. Mais une fois mariée, l'autorité maritale prévalait.
De nos jours, le mariage est le plus souvent consenti et voulu par les deux partis. Cela n'est hélas pas encore le cas dans toutes les régions du globe. Nous ne pouvons pas toujours apprécier à sa juste valoir ces mots, déclamés par amour. Même à son époque, elle a été décrié pour "l'absence de clarté dans ses métaphores". Mais elle a sut, avec les sonnets, "favoriser l'expression de sentiments intimes".
C'est l'une des figures majeures de la poésie victorienne.
De plus la richesse de cette édition réside en une lecture bilingue : chaque sonnets et poème dispose de sa traduction en anglais.
Extraits : sonnets 38 :
Quand d'abord il m'embrassa, ce furent les
Doigts de la main avec laquelle j'écris ;
Et, depuis lors, elle est plus pure et blanches...
Lente aux saluts mondains... vive à dire "chut",
Quand les anges parlent. D'Améthystes ici
Ne saurais porter, plus claire à mes yeux,
Que ce premier baiser. Le second, plus
Altier, chercha mon front, et le manqua,
Tombant sur mes cheveux. Ô récompense !
Ce fut le chrême de l'amour, précédé
De sa suave couronne sanctifiante.
Le troisième sur mes lèvres se clôt en
Pourpre apparat : depuis, en vérité,
Je suis fière et dis, "Mon amour, mon bien."
En bref :
Voguer au rythme des sentiments amoureux naissant et puissant envers l'homme dont elle est éprise et partager ses sentiments.