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jeudi 28 février 2019

"L'asile du Nord tome 1 : Camille" - Carine Paquin

Carine Paquin Kennes editions

Merci à NetGlley et aux éditions Kennes pour cette lecture.

De Carine Paquin, Kennes éditions, Schizophrénie, Littérature Jeunesse, 2019.

Résumé :

Peu de temps après la mort de sa grand-mère, à l'aube de l'an 2000, une jeune fille de seize ans est internée à l'hôpital psychiatrique. Son diagnostique : schizophrénie paranoïde. Pourtant, certaines personnes de la ville sont convaincues que la petite n'est pas folle, que ce qui l'affecte n'a rien d'humain. Existerait-il quelque chose d'invisible à l'homme qui peut s'emparer de lui et détruire sa vie ? Enfermée entre les quatre murs de cet hôpital, que fera Camille quand elle constatera que sa vie ne lui appartient plus ? Pour quoi, ou plutôt pour "qui" vit-elle ?

Mon avis :

    Camille se trouve avec son groupe d'amis à une soirée. Elle décide de jouer avec une planche Ouija et d'appeler l'esprit d'un défunt. La soirée ne se passe pas comme prévue et Camille semble envahi pas quelque chose. C'est la même soirée où sa grand-mère décède. Depuis cette nuit étrange, elle a un comportement étrange, elle martyrise sans s'en rendre compte le bout de son index qui finit en sang, a des moments où elle ne se reconnaît plus ni ne reconnaît celle qu'elle voit dans le miroir. Elle voit également sa mère qui pourtant est décédée. Elle présente des symptômes de maladie mentale et son père, voulant la protéger, lui fera consulter un médecin. Mais tout ne se déroule pas aussi simplement. Son petit copain, sa meilleure amie feront tout pour l'aider.

    Le sujet de la maladie mentale m'intrigue et m'interpelle. Mon métier d'infirmière m'a permis d'étudier ces pathologies, ses survenues et ses traitements. Je suis toujours sur la réserve lorsqu'il s'agit de lire ou voir un film dont l'un des personnages souffre d'une maladie mentale. Il y a beaucoup de préjugés, comme par exemple à les présenter comme personne dangereuse. Pourtant, de la dépression à la schizophrénie en passant par les dépendances, je trouve cela très intéressant à les aborder dès l'adolescence pour donner la possibilité aux jeunes d'en entendre plus et d'avoir envie de se renseigner.
    J'ai trouvé ce thème bien traité dans le livre. Il n'y a ni exagération, ni moquerie, ni "invraisemblable" dans la partie médicale surtout. C'est au Canada que se déroule l'histoire, mais on retrouve des similitudes avec nos prises en charge en France. J'ai principalement apprécié les changements de comportement : leur description est très réaliste, ces moments d'absences hors d'elle ou le fait de ne plus se reconnaitre. C'est très réussi..

    Ce livre, un premier tome, m'a fasciné. Même s'il est catégorisé en littérature jeunesse, j'ai eu peur, j'ai tremblé durant certaines scènes et j'ai gardé la lumière allumée dans l'appartement. L'auteure, Carine Paquin, ne nous épargne pas, certaines scènes sont décrit avec ce qu'il faut de détails pour nous garder en appétence pour la suite. Les personnages sont complexes. Suivre Camille dans ses "expériences" lui donne une présence toute particulière. Sa relation avec son petit ami est adorable et étrange… 

    La construction de l'histoire est simple mais efficace, elle fait le job de mettre notre attention en alerte. Le suspens monte crescendo, on a envie d'aller plus vite dans la lecture, et en même temps, on ne veut pas savoir. Entre réalité et "fantastique", on savoure la lecture. Je n'ai pas envie de vous spoiler cette seconde partie qui a bien contribué à l'effet horreur. La fin de l'histoire, on la prend en pleine figure et on se dit, on espère, que ce n'est pas terminé.

    Auteure à suivre et suite à découvrir. Une très bonne littérature jeunesse dans la section suspens, horreur. Bravo !

En bref :


Un premier tome effrayant qui fait son travail. Une histoire captivante dont la fin nous laisse sans voix. Une écriture efficace et qui va droit au but. Une belle réussite !

mercredi 24 janvier 2018

"Manuel d'un psy décomplexé" - Joseph Agostini


Merci François Sirot pour cette nouveauté, merci aux éditions Envolume pour une lecture de notre inconscient.

De Joseph Agostini, dessins de Jean-Luc de Antoni, éditions Envolume, collection société, 23 janvier 2018, Essai, Psychologie.

Résumé :

Il était une fois un psychanalyste qui avait envie de parler vrai à ses patients. De leur parler névrose, psychose, perversion. De leur parler dépression, addiction. De leur parler de bonheur, de destin, de choix. Un manuel inédit dans sa forme et son fond, avec une écriture qui se veut à la fois drôle et pointue, vulgarisatrice et pertinente.
Des illustrations jalonnent l'ouvrage à la manière d'un livre de découvertes. Un livre qui rend la psychanalyse compréhensible à tous les curieux, mais qui s'adresse aussi à tous les férus de psychanalyse, les analysants en herbe...

Mon avis :

    Le corps humain est fascinant : sa capacité à se développer, se soigner, son architecture et son fonctionnement. Mais l'esprit, la conscience, le subconscient sont davantage fascinant car impalpable. Nous sommes ce que notre passé, nos expériences ont fait de nous. Nous sommes complexes, différents face à la vie en fonction de ce qu'on a vécu. La multitude de témoignages qui jalonne la littérature montre bien qu'en libérant la parole, on se libère un peu soi-même. Mais il faut également comprendre ce que nos maux révèlent.

    "Manuel d'un psy décomplexé" n'est pas un traité sur la psychanalyse ni un essai psychologique sur les processus complexes de notre inconscient. C'est le partage de connaissance d'un psychologue clinicien, Joseph Agostini, qui nous parle avec beaucoup d'humour de l'esprit humain, depuis notre naissance jusqu'aux névroses ou psychoses qui peuvent exister. Ces thèmes sont abordés avec simplicité, rendant la lecture passionnante : on s'intéresse à l'essentiel, avec un vocabulaire accessible pour appréhender les maux les plus complexes.

    Joseph Agostini abordera l'Œdipe, la relation entre la mère et le père et ce que cela entraîne dans notre construction. Il abordera notre rapport à la vie, à la réalité : notre travail, l'amour, la relation à l'autre. Dans un troisième temps, il abordera l'hystérie, la névrose, la vieillesse ou encore la dépression. Ces derniers nous interpellent, car sont proches de nous. Ces notions, largement traités dans la littérature spécialisée, sont parfois inaccessibles aux profanes. La richesse de ce livre est de mettre à disposition de tous des concepts souvent obscurs.

    En plus d'aborder des thèmes complexes pour les rendre abordables, l'auteur utilise l'humour et les métaphores pour illustrer ses propos. Les notes de bas de pages sont un florilège d'humour parfois caustique, mais qui dédramatisent aussi le propos. L'humour aide également à aborder en premier lieu le livre en se "moquant" gentiment de la pratique : "A tous les psychanalystes qui tripotent leur collier de perles quand leurs patients ont le dos tourné."

    Enfin, le livre s'achève sur un "kit de survie" truffé de bon sens et de bons conseils, suivi de plusieurs "questions/réponses" entre le docteur et son patient. De quoi se remettre parfois en question. Les illustrations de Jean-Luc de Antoni mettent en relief les explications : parfois, l'image est plus parlante que l'écrit.

    Suivre une thérapie, est encore synonyme de "folie" dans notre société. Ce livre est un bon point de départ pour réfléchir à notre propre vécu, et comprendre qui nous sommes, mais ne fera pas le travail d'un thérapeute. Cet essai nous renvoie à une position "d'apprenti" : nous apprenons sur nous-même et nos maux, nous laissons les réflexions mûrirent et se développer, aidé des explications de l'auteur. Ce dernier prend plaisir à dispenser son savoir. 

En bref :


Une lecture passionnante où l'auteur évoque avec humour et simplicité les méandres de l'esprit humain.

samedi 14 octobre 2017

"L'oeil de la lune" - Anonyme


Anonyme (ou presque), au éditions Le livre de poche, 2011, Thriller, Roman.

Résumé :

Personne n'’a oublié le Bourbon Kid, mystérieux tueur en série aux innombrables victimes. Ni les lecteurs du Livre sans nom, ni les habitants de Santa Mondega, l'étrange cité d'Amérique du Sud où sommeillent toujours de terribles secrets. Alors que la ville s'apprête à fêter Halloween, le Bourbon Kid devient la proie d'une brigade très spéciale, une proie particulièrement coriace, de celles qu'il ne faut pas rater sous peine d'une impitoyable vengeance. Si vous ajoutez à cela la mystérieuse disparition de la momie du musée municipal et le kidnapping d'un patient très particulier de l'hôpital psychiatrique, vous comprendrez que la nuit d'Halloween à Santa Mondega risque, cette année, de marquer les esprits...

Mon avis :

    Il y a des histoires qui passionnent, parce qu'elles ont des choses à dire, une morale. Et il y a des livres qu'on lit avec plaisir, même s'il est corrosif, dénué souvent d'humanité, ou rempli de scènes qu'on ne souhaiterait même pas imaginer. Cette série fait partie de la seconde catégorie. Bien sûr qu'on y trouve des bons sentiments, mais entrecoupés d'un humour noir, parfois corrosif, et d'un enchaînement de cadavres. 

    Le Bourbon Kid est de retour, cette fois avec sa genèse. Dans le livre, nous découvrons comment il est devenu un tueur sans foi ni loi. Ce qui m'avait beaucoup gênée dans le premier opus, à savoir le nombre de personnages, est moins présent dans ce tome. C'est bien agréable de suivre leurs aventures : l'histoire est plus travaillée, plus fournie. Le fil conducteur limpide. 
    On fait face à de nouveaux personnages, forcément, du premier tome il n'y a eu que peu de survivant. De la momie maléfique aux loups-garous en passant par des policiers vampirisés, il y a matière à beaucoup de rebondissements avec L'œil de la lune.

    Toujours très visuel, l'histoire se regarde plus qu'elle ne se lit tellement on y voit l'ambiance. Les descriptions ne sont pas si nombreuses, mais suffisent à dresser un décor, imaginer les traits d'un visage. Il y a également une place importante à l'imagination. 
    Dans la quête pour retrouver l'Œil de la lune, cette pierre précieuse dotée de grands pouvoirs, il y aura beaucoup d'appelé, peu d'élu. Parsemé de cadavres, j'ai été triste de voir disparaître un des personnages. Mais ravie de l'enchaînement des événements pour le Bourbon Kid. 

    Le thème principal de ce thème est la vengeance, tenace et qui conduira à des exécutions toutes aussi violentes. L'auteur parvient à maintenir le suspens : on ne se projette pas, on lit et on savoure le ton et la plume de l'auteur. 

En bref :

Cela fait longtemps que je n'ai pas eu le plaisir de plonger dans une telle saga à la fois thriller et horreur. Le challenge est réussi, à la fois par la plume caustique et travaillée, par l'effet cinématographique toujours présent.
 

mardi 23 août 2016

"Parmi les loups et les bandits" - Atticus Lish. Coup de cœur




Merci à Babélio et à son événements Masse Critique ainsi qu'aux éditions Buchet Chastel pour ce véritable coup de coeur.
Par Atticus Lish, éditions Buchet Chastel, sortie le 18 aout 2016, Immigration, Pauvreté, Histoire, Contemporain, Psychologie.


Résumé :


C’est dans un New York spectral, encore en proie aux secousses de l’après-11 Septembre, que s’amorce l’improbable histoire de Zou Lei, une clandestine chinoise d’origine ouïghoure errant de petits boulots en rafles, et de Brad Skinner, un vétéran de la guerre d’Irak meurtri par les vicissitudes des combats. Ensemble, ils arpentent le Queens et cherchent un refuge, un havre, au sens propre comme figuré. L’amour fou de ses outlaws modernes les mènera au pire, mais avant, Lish prend le soin de nous décrire magistralement cette Amérique d’en bas, aliénée, sans cesse confinée alors même qu’elle est condamnée à errer dans les rues. Il nous livre l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui font le corps organique de la grande ville : clandestins, main-d’œuvre sous-payée, chair à canon, achevant sous nos yeux les derniers vestiges du rêve américain.
Avec Parmi les loups et les bandits, Atticus Lish, lauréat de nombreux prix dont le prestigieux Pen/Faulkner Award, s’est immédiatement hissé au rang des plus grands : puisant chez Dickens comme aux sources du modernisme, il livre un texte brutal et beau, incontournable.


Mon avis :


    Brad Skinner était militaire. Son vécu de soldat continue de le persécuter, et ses nuits sont hantées de visions de corps mutilés, déchiquetés. Rendu à la vie civile, il décide de s'installer à New-York. Zou Lei, clandestine moitié musulmane Ouïgoure et moitié chinoise, a décidé d'immigrer aux Etats-Unis clandestinement afin d'y trouver un avenir meilleur. Elle est prête à travailler dur afin d'y arriver. Après être sortie d'une détention de quelques mois suite à un contrôle d'identité, elle décide de s'installer à New-York dans le quartier de Chinatown.
    Ces deux êtres malmenés par la vie vont se rencontrer, se trouver et partager des moments de vie et de survie à deux, dans une ville traumatisée par les attentats du 11 septembre. Zou Leï trime pour gagner son salaire, et ses rencontres avec Skinner seront ses moments de détentes. Mais au fil des jours, Zou Leï se rend compte que Skinner ne va pas bien, il sombre de plus en plus dans l'alcool et le tabac.


   
Ce livre est magistral, grandiose, incroyable, choquant, percutant, fait réfléchir et j'ai regretté, malgré ses 560 pages, qu'il ne soit pas plus long.
    Je commencerai par vous parler du seul et unique bémol de cette lecture : lors de la prise de paroles des différents personnages, j'ai été gênée, car la ponctuation des dialogues n'étaient pas forcément respectée. Du coup, j'ai relu certains paragraphes avant de m'y faire. Hormis ce point, je n'ai été que subjugué par cette lecture qui laisse une amertume profonde sur la vie. Un livre qui m'a profondément touchée.


Une écriture soignée et puissante.
    Atticus Lish signe un premier roman dont l'écriture a été un premier coup de cœur : très descriptif, je ne me suis pas ennuyée lorsqu'il décrivait les rues, les échoppes, les magasins, la saleté ambiante, ces odeurs prenantes. Bien au contraire, chaque description avait goût de réalité. J'étais plongée dans cette ville, New-York que l'on décrit souvent comme une ville immense et grandiose. On y découvre la pauvreté, les crimes et délits, l'intolérance et la noirceur humaine.
    Une réussite aussi pour Céline Leroy qui en est la traductrice et qui a su rendre toute la complexité des mots de l'auteur.

    L'auteur est également parvenu à rendre réelle cette sensation de malaise : la vie y est décrite de façon crue, sans concession. Une écriture qui embarque, malmène et accompagne le lecteur jusqu'au dénouement. Là encore, Atticus Lish a su préparer dans ses mots les événements : une écriture travaillée, mais il en ressort paradoxalement une poésie puissante.


Des personnages torturés.
    Dans la construction du livre, on passe de chapitre en chapitre de Skinner à Zou Leï. Au début, cela ressemble à une introduction : les personnages sont racontés avec réalisme, leur donnant de la consistance au fil des pages.
    Ces deux personnages sont torturés, à la limite de la folie par moment pour Skinner qui, ressassant l'Irak, n'a en tête que des images traumatisantes. D'ailleurs, cela critique parfaitement les retours à la vie civile, que se soit en Amérique ou ailleurs : les traumatismes doivent être suivis et encadrés pour aider les soldats à retrouver une vie "normale".

    Zou Leï est une femme forte, tentant chaque jour de trouver un équilibre de vie, même minime. Elle se satisfait de peu, mais espère toujours un avenir meilleur.

    J'ai aimé découvrir des personnages simples, sans extravagance ni mièvreries. Au contraire, je me suis attachée à eux à cause de leur blessure, de leur force intérieure, de leur envie d'avancer. Les personnages secondaires ainsi que tous ceux qui apparaissent dans le livre sont entiers : ils rentrent parfaitement dans l'histoire. On s'attache à certains, on en déteste d'autres. 


Une ville, mais un personnage.

    Les descriptions de l'auteur nous plongent dans une ville grouillante, vivante, qui ne respire pas uniquement le luxe ou le plaisir, mais expire des lieux glauques, sordides, à la limite de l'invraisemblabe. Cette ville devient vite un personnage incontournable du livre par son réalisme. On voit les ruelles défiler devant nos yeux, on sent ces odeurs, on perçoit ce quotidien... On rencontre les clandestins tentant tous de vivre "le rêve américain" en immigrant dans ce pays. On y vit, on y survit. La description de la foule et des commerces rend parfois la lecture étouffante : on manque d'air, comme si on y était. J'ai aimé cette sensation d'oppression


Une critique acerbe.
    La vie aux Etats-Unis post attentat a chamboulé le quotidien de la population. Le rêve américain devient un but pour beaucoup. Mais la misère sociale est encore tellement présente. La critique sociétale est importante : entre misère et injustice, Atticus Lish ne critique pas ouvertement le système, mais l'expose en montrant la réalité de la vie. J'ai eu du mal à me dire qu'il s'agisse d'une fiction tellement la cruauté y est bien retranscrite. De plus, il donne une place importante à ces personnes dont on ne parle pas : les SDF, les immigrés. L'absence d'humour et de légèreté nous plonge pleinement dans cette atmosphère sinistre. C'est ce que j'ai aimé.


   
Un livre choc, un livre qui raconte, dénonce, mais n'accuse pas. Un livre dont la lecture, complexe, risque de rebuter certains lecteurs : il n'y a pas de légèreté dans cette histoire : du réalisme cru, des vies torturées et délaissées.
    J
'ai adoré cette lecture, elle m'a procuré des sensations difficiles, m'a remise en question, mais m'a aussi permis de découvrir cette misère derrière ces jolies cartes postales. Un livre percutant de cette rentrée littéraire, qui donne à réfléchir, tout en racontant avec véracité un quotidien difficile, mais rempli d'espoir. 



En bref :


Un coup de cœur !! Une écriture hachée, qui remue, des descriptions foisonnantes et réalistes des bas-fonds de New-York, de ceux dont on ne parle pas. Un livre coup de poing, mais qui peut rebuter par son style littéraire. Pour ma part, un auteur à suivre !