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mercredi 13 mars 2019

"Aberrations tome 1 : Le réveil des monstres" - Joseph Delaney

joseph delaney bayard édition

Merci à Babélio et aux éditions Bayard pour cette très belle découverte.

De Joseph Delaney, éditions Bayard, Fantastique, Jeunesse, 2019.

Résumé :

Le Shole, un monstrueux brouillard, a englouti des régions entières de l'Angleterre et continue son expansion vers le nord. Ceux qui s'y trouvent piégés meurent ou sont transformés en créature immondes : les aberrations.
Dans le duché de Lancaster, Crafty, treize ans, est l'un des rares survivants qui peut traverser ces étendues maudites. Recruté pour servir au château, il devient l'apprenti d'une mystérieuse guilde qui l'envoie effectuer des missions dans les zones dangereuses. Mais bientôt, le garçon devine que les aberrations ne représentent peut-être pas le plus grand danger...

Mon avis :

    Lorsque le père du jeune Crafty vient enfin le délivrer du sous-sol de sa maison, il ne s'attendait pas à vivre une telle aventure. Le Shole, brouillard infâme transformant toute créature y pénétrant en créatures monstrueuses, grandit. Les Fey eux peuvent y circuler librement sans en subir les conséquences. Crafty se verra confier une tâche importante au château de Lancaster où son père le dépose avant de retourner en mission : il va se retrouver à réaliser des missions dangereuses dans Shole pour le compte d'une guilde, les Manciens,  en temps que Mouche de porte. Mais tout ne se passe pas exactement comme il le pensait. De ses rencontres, naîtront des amitiés étranges, lui qui a passé autant de temps seul dans sa cave.

    Il est bon de se plonger dans une telle aventure. Certes, il s'agit d'une lecture Jeunesse, mais elle a réussi à faire son effet. Joseph Delaney écrit avec une grande fluidité, tissant chaque lieu et chaque personnage avec patience et précision. Qu'il s'agisse du Shole ou des autres lieux de l'histoire, les descriptions suffisent à les imaginer et à se croire y évoluer. J'ai particulièrement apprécié l'ambiance générale du livre : à la fois sombre et par moment dénué de sentiment. Une ambiance froide et lugubre.

    Les personnages sont nombreux, mais les noms et leurs spécificités n'empêchent pas de les situer dans l'histoire. J'ai eu du mal à me sentir proche de Crafty, j'ai davantage apprécié le personnage de Click : une jeune fille intrépide, volontaire et qui sait parfaitement ce qu'elle veut. Je me doute bien que Crafty va continuer d'évoluer, il a déjà commencé et n'est plus le même depuis le début de l'histoire.

    Ce tome est une bonne introduction à l'univers que sera Aberrations. Il met en évidence les enjeux de la présence du Shole, il est dynamique et en perpétuel mouvement, même si on s'attend à certaines scènes, l'auteur arrive encore à nous glacer d'effroi : certains passages sont très durs, mais ce que je regrette, c'est qu'ils n'impactent pas forcément le personnage de Crafty. À 13 ans, il devrait au contraire ressentir un véritable effroi. Mais il fait face et avance, ce qui, pour une lecture jeunesse est importante : aller de l'avant et ne pas abandonner. 

    Beaucoup de questions sont en suspend. Qui sont les Fey, quel sera leur rôle ? Comment vaincre le Shole ? On retrouve des similitudes entre la saga de l'Enchanteur et celle-ci : un jeune garçon devra faire face au mal, mais ne sera pas seul dans sa quête. Joseph Delaney réussit à faire travailler notre imagination et j'ai bien hâte de découvrir la suite de cette histoire ! Car lorsqu'un auteur arrive à me laisser avec autant de questions, il se doit d'y répondre dans la suite !

    Un mot sur l'objet livre : il est superbe : de la couverture à l'aspect général du livre, les paragraphes et les chapitres sont aérés. Un bel objet livre !

En bref :

Le premier tome d'une saga fantastique où tout est réuni pour passer un bon moment entre un brouillard malveillant et dangereux et le courage de jeunes gens prêt à tout pour découvrir et affronter le mal. Bien hâte de la suite.

mercredi 28 mars 2018

"Le Koh-I-Noor" - William Dalrymple et Anita Anand


En partenariat avec Babélio et les éditions Noir sur Blanc que je remercie pour cette truculente aventure.

De William Dalrymple et Anita Anand, édition Noir sur Blanc, 1er mars 2018, Histoire.

Résumé :

Le 29 mars 1849, un garçon de dix ans est introduit dans la salle des miroirs du fort de Lahore. Malgré ses craintes, il s'avance avec dignité : il est le maharajah du Pendjab. Au cours d'’une cérémonie aussi fastueuse qu'’humiliante, l'’enfant va devoir reconnaître sa soumission à la Couronne britannique et céder à la reine Victoria non seulement l'’un des territoires les plus riches de l'’Inde, mais aussi l'objet le plus précieux du sous-continent, le célèbre diamant Koh-i-Noor, la Montagne de Lumière. Soucieux de lui établir un pedigree, les Anglais passent aussitôt commande d'’une « biographie » de la pierre précieuse. Pour s'’acquitter de sa tâche, le jeune fonctionnaire désigné par la Compagnie des Indes orientales a visiblement couru les bazars de Delhi, réunissant toutes les légendes et sornettes que colportait la tradition.

L'’histoire du Koh-i-Noor de William Dalrymple et Anita Anand dissipe les brumes de la mythologie, mais ce qu'’elle révèle au lecteur d'’aujourd'hui n'’en est pas moins romanesque, avec son lot de meurtres et de trahisons : une archéologie de la cupidité, où se rejoignent les passions privées des maharajahs et la folie collective de l'’impérialisme occidental. Craché par un volcan primaire, charrié par le fleuve Krishna jusqu'’à Golconde, le Koh-i-Noor ira jusqu'’en Afghanistan, avant de venir se loger dans la couronne de la reine Victoria.

Mon avis :

    Le Koh-I-Noor que l'on peut traduire pas la Montagne de Lumière, est un diamant de 105 carats. Il n'est pas le plus précieux au monde, de nombreux autres diamants ont été découvert. Mais son histoire le rend immortel

     La première fois que j'ai entendu parler de l'Inde et de ses diamants, c'est dans le dessin animé "Princesse Sarah". J'avais autour de 10 ans et je découvrais ce pays par l'histoire de cette jeune fille dont le père mort lui a finalement légué un héritage fait de pierres précieuses : des diamants. À cet âge, je ne me faisais pas vraiment d'idée sur ce pays ou son histoire. Plus tard, l'Inde a été le théâtre de l'aventure "d'Indiana Jones et le temple maudit" où l'on parlera encore de pierres précieuses. L'Inde et ses diamants ont inspiré bon nombre d'histoires et aussi des légendes. Je ne rejoindrai pas Maryline Monroe en disant que "Diamonds are a girl's best friend"...

     Le Koh-I-Noor fait partie des diamants de légendes : pour son histoire, mais aussi parce qu'il est le symbole de la puissance pour celui qui le détient, lui permettant de commander aux armées. Certains ont choisi de le présenter à la vue de tous, s'ornant de ce diamant pour montrer leur puissance. Le livre retrace son histoire. Malgré des débuts un peu obscurs, elle est assortie d'événements terribles pour sa possession : de la torture à la manipulation en passant par l'immoralité de certains : tout était bon pour mettre la main sur ce joyau si rare.

    Dans une première partie "Le joyau du trône", William Dalrymple nous fait part des premières apparitions du diamant dans l'Histoire : des différentes époques de l'Inde moghole jusqu'au moment où l'empereur Nadir Shah s'en empara. L'historien, nous fera voyager de l'Inde au Pakistan sur les traces du Koh-I-Noor. L'histoire du diamant est également faite de nombreuses rumeurs et suppositions pour ses débuts. L'auteur replacera toujours les découvertes et explications dans la période historique. 
    Dans une seconde partie, Anita Anand nous fera part de ce qui sera une véritable tragédie pour l'histoire de l'Inde : lorsque les Britanniques s'emparent de la région et que le diamant leur est "offert" par l'héritier d'à peine 10 ans, le maharajah Dulip Singh. Une histoire aussi machiavélique que touchante, une reddition voilée par le mensonge du "don". Cette seconde partie évoque surtout l'histoire du diamant dès son acquisition. 

    Ne vous attendez pas à lire un simple traité historique. Ce livre est davantage une incursion dans l'Histoire de l'Inde. On est emporté dans sa lecture comme si nous faisions nous-même les recherches. Le Koh-I-Noor est un personnage à part entière dans ce livre, et j'ai vraiment apprécié cette facilité d'entrer dans l'Histoire et de suivre son origine, même si elle reste encore assez obscure.
    L'écriture est très fluide, et il est facile de s'imprégner de l'univers. Malgré tout, j'avoue avoir été très perturbée par les noms auxquels je n'ai pas l'habitude, certains étant vraiment proches. La construction du livre quant à elle nous permet d'éviter de nous perdre dans l'histoire, particulièrement lorsque nous voyageons de l'Inde au Pakistan en passant par la Perse dans la première partie du livre. 

    J'ai particulièrement apprécié la seconde partie et ce passage où la reine Victoria, en voyage officiel en France, s'était présenté au bal donné en son honneur : "... elle éblouit toute l'assistance. [...] Sur le front de Victoria, le légendaire Koh-I-Noor rayonnait tel un troisième œil." p.181. Outre le volet historique dont les détails foisonnent et sont, d'un point de vue historique et politique, très intéressants, il y a ce volet occidental et la seconde vie si j'ose dire de ce diamant. Cela m'évoque non pas de l'éblouissement, mais une interrogation profonde sur l'Histoire du monde : dominée par la recherche de l'argent et du pouvoir.
    Le livre est agrémenté en milieu d'ouvrage de superbes représentations : peintures, portraits des souverains qui ont convoités et/ou portés ce bijou.

    Aujourd'hui encore, le Koh-I-Noor est source de discorde : l'Inde en revendique toujours la possession, mais les nombreuses demandes ont toujours été refusés par le gouvernement britannique. À ce jour, il fait toujours partie de la collection privée de la reine Victoria exposé à la tour de Londres. Le joyau le plus important de la couronne...

En bref :

L'histoire du diamant Koh-I-Noor nous plonge dans une histoire où sa beauté et le signe de pouvoir qu'il détient sont des témoins de l'Histoire : un traité historique abordant autant les machinations politiques et la recherche incessante de ce pouvoir.

lundi 29 janvier 2018

"La fille sous la glace" - Robert Bryndza


Merci à Babélio et à son opération Masse Critique en partenariat avec les Editions Belfond.

De Robert Bryndza, éditions Belfond, collection Noir, 25 janvier 2018, Polar, thriller.

Résumé :

La glace a immortalisé sa jeunesse, sa beauté et son mystère : qui était vraiment Andrea ? Victime ou manipulatrice ?

Encore marquée par la mort en service de son mari, l'inspectrice en chef Erika Foster découvre son nouveau poste dans un commissariat de Londres. Premier jour, première affaire et non des moindres : le corps d'Andrea Douglas-Brown, fille d'un riche industriel, a été retrouvé dans le lac gelé du Horniman Museum de Forest Hill. Que faisait la jeune femme mondaine dans ce quartier mal famé ?

Effondrée par la disparition d'Andrea, sa famille semble pourtant redouter ce que l'enquête pourrait dévoiler deux. Hasard ? Vengeance ? Crime passionnel ? Pour faire éclater la vérité, Erika Foster devra faire la lumière entre règne des apparences et sombres secrets.

Mon avis :

    Lorsque le corps d'Andrea Douglas-Brown est retrouvé sans vie dans l'eau glacée, plusieurs questions se posent : au-delà de connaître le responsable, que faisait-elle à l'opposé de l'endroit où elle avait prévu de rejoindre son frère et sa sœur ? L'enquête est confiée à la DCI Erika Foster venant de Manchester et ayant vécu récemment une épreuve difficile. C'est le responsable lui-même qui la veut sur l'enquête. Celle-ci prendra des tournures différentes à mesure que l'emploi du temps de la jeune fille, issue d'une famille très respectable, soit connu. Des bas-fonds des quartiers sordides au luxe des grandes propriétés, la DCI Foster se heurtera à la famille aux bonnes connaissances politiques. Mais elle est animée par une volonté : arrêter le meurtrier.

    La première partie du livre m'a paru longue. Les nombreux dialogues donnaient un peu plus de rythme à l'histoire. J'ai mis plus de temps à lire la première moitié du livre qu'à le finir presque d'une traite. L'intrigue en elle-même est intéressante, mais il m'a manqué du suspens. J'ai peut-être davantage ressenti les prémices de l'enquête : le temps d'échafauder des théories, de trouver des témoins et des indices exploitables. Bref, une réalité de terrain pour les inspecteurs.
    La seconde partie était bien plus profonde, instinctive et les personnages devenaient de plus en plus attachant.

    Le plus de la lecture réside indéniablement pour moi au personnage de la DCI Foster : une femme forte, fragile, humaine avec ses points forts et ses erreurs. Elle prend ses responsabilités lorsqu'elle décide d'orienter son enquête, ne lâche rien malgré certaines embûches. Le personnage est tout de même l'archétype de l'enquêteur qui est excellent dans son travail, mais vient de sortir d'une épreuve où tout a été remis en question. Je n'en dirais pas plus, car cela est une part importante de la vie du DCI Foster et sur sa façon de gérer la disparition de son mari.
    Son impulsivité sert son travail, mais pas forcément elle. Elle se heurte à la haute société, mais n'a cure de la pression qu'on essaye de lui imposer. Son objectif en tête, elle ne lâchera rien pour arriver au bout de son enquête.

    La prostitution, la drogue, la traite des femmes venant des pays de l'Est sont traités avec réalisme : des quartiers les plus sordides au plus riches, l'enquête nous fait voyager d'une couche de la société à une autre. Le fait que l'enquêtrice soit d'origine slovaque donne aussi du corps à l'enquête.
    Le travail de ces enquêteurs est important, mais les liens tissés sauront aussi aidéer notre enquêtrice : je pense à Moss et Peterson qui seront fidèles à leur "patron". Robert Bryndza a façonné ses personnages dans la diversité, allant de l'homosexualité à la solitude, leur donnant une texture, un contour et une identité propre.

    C'est à la fin du livre que j'ai apprécié les longueurs du début. On met un pied dans la baignoire pour prendre son bain avant d'y entrer le corps entier : l'histoire nous happe de la même manière. L'écriture est fluide et la tension ne vient pas de détails scabreux, mais plutôt dans la psychologie des personnages et cette chasse à l'homme.

En bref :


Un premier roman réussi, malgré certaines longueurs au début du roman qui n'empêchent en rien de rester accroché à la DCI Foster pour découvrir le meurtrier de cette jeune fille, voguant entre les bas fonds de quartiers sordides et la haute de la société londonienne.