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vendredi 23 février 2018

"La fille du roi des marais" - Karen Dionne


En partenariat avec NetGalley et les éditions JC Lattès que je remercie.

De Karen Dionne, édition JC Lattès, sortie 07 mars 2018, Thriller psychologique.

Résumé :

Enfin, Helena a la vie qu'elle mérite ! Un mari aimant, deux ravissantes petites filles, un travail qui occupe ses journées. Mais quand un détenu s'évade d'une prison de sa région, elle mesure son erreur : comment a-t-elle pu croire qu'elle pourrait tirer un trait sur son douloureux passé ?

Car Helena a un secret : elle est l'enfant du viol. Sa mère, kidnappée adolescente, a été retenue prisonnière dans une cabane cachée au fond des marais du Michigan, sans électricité, sans chauffage, sans eau courante. Née deux ans plus tard, Helena aimait cette enfance de sauvageonne. Et même si son père était parfois brutal, elle l'aimait aussi jusqu'à ce qu'elle découvre toute sa cruauté.

Vingt ans après, elle a enfoui ses souvenirs si profondément que même son mari ignore la vérité. Mais aujourd'hui son père a tué deux gardiens de prison et s'est volatilisé dans les marais, une zone qu'il connaît mieux que personne. Malgré la chasse à l'homme lancée par les autorités, Helena sait que la police n'a aucune chance de l'arrêter. Parce qu'elle a été son élève, la seule personne capable de retrouver cet expert en survie, que la presse a surnommé Le Roi des Marais, c'est sa fille.

Mon avis :

    Lorsqu'on lit un thriller, les sensations que l'on recherche sont parfois étranges : frisson, effroi, plongé dans les méandres d'une traque ou d'une enquête. Le plus souvent, nous devenons l'inspecteur en charge de l'enquête aidée par une narration à la première personne ou par la vision en "double jeu" : l'histoire du tueur en parallèle à l'enquête de police.
Mais comment se déroule la lecture lorsque c'est une proie qui devient chasseur ?

    Helena vit aujourd'hui avec son mari Stephen et ses deux filles : Sou et Iris. Un jour, elle entend en voiture qu'un prisonnier dangereux venait de tuer les gardes qui l'accompagnaient et s'est enfui. Son sang se glace lorsqu'elle apprend l'identité du fugitif : son père, celui-là même qui s'est rendu coupable du kidnapping de sa mère et de les avoir gardées tant de temps dans les marais. La traque de la police commence. Mais Helena le sait, elle le connaît, elle pense et réagit de la manière dont il l'a façonné : elle est la seule à pouvoir l'arrêter. Débute alors la recherche de ce "roi des marais", alors qu'Helena nous raconte en parallèle ce qu'a été son enfance et sa vie lorsqu'elle s'est échappés des marais avec sa mère.

Quelle lecture !
    L'écriture a été déstabilisante au début : ce que je lisais était froid et distant, et manquant d'empathie. Très vite, je me suis habituée à cette narration à la première personne, à me retrouver dans les pensées d'Helena. L'auteur a réussi à retranscrire la personnalité d'Helena : le vocabulaire est simple, les descriptions directes et l'histoire, malgré sa longueur, va à l'essentiel. Il y a un côté torturé, différent qui est difficile à décrire. On est dans sa tête et c'est surtout cela qui est déstabilisant : nous perdons nos repères car l'histoire est racontée avec les repères d'Helena.  

    Dans cette lecture, nous connaissons les tenant et aboutissant : qui a été kidnappé, quand, comment. Ce qui nous tient en haleine, c'est cette capacité à retenir notre attention sur la traque. Notre curiosité est mise à rude épreuve, car les chapitres s'enchaînent entre les souvenirs du personnage principal et la réalité de la traque. La tension du huis clos est dense et ne m'a pas fait lâcher ma lecture jusque tard dans la nuit. Le suspens est accentué par l'environnement : malgré qu'il s'agisse de grands espaces, de forêt et de vie en pleine nature, on se sent oppressé et l'auteur parvient à intensifier progressivement cette sensation en fonction de l'avancement de la traque.

    La psychologie des personnages est très travaillée. Ma première impression a été de me dire qu'Helena est inconsciente du danger et ne prend des décisions que sur un coup de tête. Mais c'est en découvrant son histoire, sa façon d'apprendre la vie et les choses importante que l'on comprend et adhère (ou non) à ses choix.
    On pense au syndrome de Stockholm, la description de la vie de la famille est complexe : j'y ai ressenti de la tristesse, du dégoût et de la colère. Bien entendu, on se prend à s'imaginer dans cette situation, qu'est ce qu'on aurait fait à leur place face à un bourreau tout pouvoir. Les sentiments d'Helena sont ambivalents envers ce père qu'elle aimait petite et les ressentiments en découvrant la vérité. Malgré tout, la prise de parti est difficile : la façon de fonctionner d'Helena nous met à distance de l'empathie que l'on pourrait ressentir pour elle. tout cela vient du traumatisme qu'elle a vécut : pendant plus de dix ans, elle a apprit à vivre avec pour seul repère ce marais, la découverte du mensonge et des faits est une partie que j'ai adoré dans le livre ! 

En bref :

Un thriller psychologique réussit qui tient le lecteur en haleine lors d'une traque dans les marais. On est happé par une écriture efficace et qui interroge sur les conséquences psychologiques d'un rapt, kidnapping et mauvais traitements dans l'enfance.


dimanche 1 octobre 2017

"Le livre sans nom" - Auteur anonyme.


D'un auteur anonyme, édition Le livre de poche, première édition 2007, thriller.

Résumé : 

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets.
Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom. La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique. Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d'œil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll et le plus jubilatoire de l'année ! Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte.
II a ensuite été publié en Angleterre puis aux Etats-Unis, où il connaît un succès fulgurant.

Mon avis :

    Lorsqu'on décide de débuter un livre, on est souvent dans un état d'esprit qui permet de rentrer dans l'histoire, de ne pas s'échapper. Ici, on ne s'échappe pas. C'est le cas de le dire, car rares sont les personnages à s'en sortir en un seul morceau. 

    Dans cette ville de Santa Mondega, nul ne réchappe à la Faucheuse à la suite de la lecture d'un livre sans nom. Mais ce n'est pas ce qui amène directement les enquêteurs ici. Il y a de ça 5 ans, un homme, Bourbon Kid, a décimé tout un village. Depuis, Somers est persuadé qu'il continue de tuer, même si ses collègues n'en ont rien cru. Cependant, on lui colle un nouveau coéquipier, Jenssen qui lui va le croire, car son enquête est tout aussi étrange, touchant au surnaturelle. Jonchées de cadavres, les scènes de crimes sont atroces, inhumaines. Mais ces morts auraient des choses à dire. 

    Eh bien... A bout de souffle, enfermée dans le livre, je m'y suis perdue avec délectation. Cela fait longtemps que je n'avais pas plongé dans un livre prenant aux tripes. Je n'ai pas été choquée, mais plutôt envahie d'une curiosité quasi voyeuriste car il fallait que je sache. 

    Diffusé anonymement sur le web, "Le livre sans nom" est à la fois une lecture inquiétante, mais dotée d'une part d'humour noire dont le lecteur se régale. Tout au long du livre, l'auteur saura nous faire voyager de point de vue, ajoutant des indices au gré des meurtres. Il y a une part de nous même fascinée par ces horreurs, l'écriture le permet aisément : du détachement, comme si par moment, cela semblait tout à fait normal. 

    L'horreur décrite n'est pas seulement dans la description des scènes, elle s'inscrit également dans le traitement des personnages. S'attacher à l'un d'eux est donc chose risquée. 
Le seul bémol à cette histoire, c'est justement la multiplication des personnages... Il a fallu quelques retours en arrière car en plus des noms, il y a les surnoms. Mais on s'y fait rapidement quand on rentre dans l'histoire. 

    Les références sont nombreuses, entre les films d'épouvantes et le traitement des scènes quasi cinématographique : cela donnait plus encore l'impression de visionner les scènes par les yeux des différents protagonistes.

En bref : 

Une belle découverte grâce au prêt d'un collègue. Un univers que j'aimerais sonder davantage! 

jeudi 18 août 2016

"Les élues" - Maggie Mitchell




Merci à NetGalley et aux éditions Préludes pour la découverte de ce livre particuliers.
De Maggie Mitchell, éditions Préludes, 2016, Thriller psychologique


Résumé :


"Tout le monde nous croyais mortes. Nous avions disparu depuis près de deux mois. Que pouvait-on encore espérer ?"
L'été de leurs douze ans, Loïs et Carly May ont été kidnappées et séquestrées dans un pavillon de chasse pendant six semaines. Vingt ans plus tard, Loïs enseigne la littérature britannique au sein d'une petite université de New York, et Carly May peine à relancer sa carrière d'actrice à Los Angeles. Le scénario d'un film, dont l'intrigue est semblable à ce que les deux femmes ont vécu, va de nouveau les rapprocher. Cette étrange coïncidence les confrontera aux fantômes d'un passé qui les hante.


Mon avis :



    Lois et Carly sont aujourd'hui deux jeunes femmes qui tentent à leur manière, de vivre de la façon la plus "normale" possible. À 12 ans, elles ont été kidnappées, enlevées et retenues prisonnières sans savoir ce qui allait leur arriver par la suite. Elles s'en sont sorti, l'une étant devenu un professeur d'université, l'autre une actrice et reine de beauté. Mais elles n'en sont pas sorties si indemnes que cela : leurs relations avec les hommes sont compliquée, leur névrose les pourchassent... Bref, cet événement les a à jamais marquées. Car Lois, après avoir écrit un livre qui reprend cet événement, voit son livre porté à l'écran avec en rôle principal, Carly.  

  

    Loin des thrillers habituels, Maggie Mitchell s'est surtout appuyée sur ce qui se passe après : l'enlèvement, la séquestration, la découverte de l'auteur par la police est le scénario habituel. Je ne pense pas avoir déjà lu un livre qui prend le temps de développer autant la vie après cet événement. Comment on grandit avec un tel bagage, que devient le quotidien... Original oui. Glauque : également. Car l'auteur développe complètement la psychologie des personnages.


    Lois, plus intellectuelle que Carly, a une approche plus profonde. Carly, quant à elle, est décrite de façon plus légère : entre concours de beauté et rôle extraverti. Même si j'ai davantage apprécié la profondeur et la complexité de Loïs, j'ai une tendresse particulière pour Carly, comme si elle maquillait son visage pour ne rien dévoiler de ce qu'il se cache derrière.


    La construction du livre est l'une de mes préférées : laisser tour à tour la parole à différents personnages. Cela donne un rythme, mais perd parfois le lecteur l'obligeant à garder une attention toute particulière durant sa lecture. De plus, l'écriture de Maggie Mitchell est facile à lire, fluide donnant une large place non pas à l'action, mais aux effets de celle-ci, c'est ce que j'ai adoré dans ce livre : l'impact de ces événements traumatisants.


    Ce mode narratif permet aussi de passer par une large palette d'émotion : entre incompréhension et stupéfaction, angoisse et incertitude. Le fait de mêler les émotions des personnages amplifie cette sensation de voyeurisme désagréable que j'ai ressenti. Mais en même temps, je voulais les connaitre plus : leur quotidien, les moments de bonheur, de réussite, comme les moments de faiblesse et de tristesse.

    Mais le titre du livre m'avait au début intrigué : pourquoi les "élues" ? Parce qu'il faut le découvrir entre ces pages addictives, car Lois et Carly se sont longtemps demandés pourquoi elles ? De plus, en incluant dans la double narration les souvenirs de l'enlèvement, cela donne du poids à l'histoire, rajoutant de l'empathie que l'on a pour ces personnages.


    Le bémol est la fin du livre que je ne trouve pas à la hauteur de ce que l'auteur a fournie au début. Pourtant, pour un premier roman, je trouve le tout travaillé, même si cela se rapproche des codes habituels de ce genre littéraire avec une originalité au début du roman. 


En bref :


Un moment agréable à découvrir : la vie de deux jeunes femmes vingt ans après leur enlèvement et séquestration. Un premier roman réussi.