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dimanche 27 janvier 2019

"Le désarroi de l'enfant de Choeur" - Elisabeth Motsch

Elisabeth Motsch Le Chant des Voyelles

En partenariat avec les éditions le Chant des voyelles que je remercie de me faire découvrir leur nouvelle maison d'édition ! 

D'Elisabeth Motsch, éditions Le Chant des Voyelles, Témoignage, société, Roman, 2018

Résumé :

Paul est un enfant heureux, il aime jouer, rire, courir et est fier d'être scout d'autant que les activités le passionnent. Quand il devient aussi enfant de chœur, c'est encore mieux. Sauf qu'un certain père Ménager a des vues sur lui. Après s'être fait aimer de toute la communauté paroissiale et de la famille de Paul qui le reçoit régulièrement, ce prêtre sans scrupule envoûte le jeune garçon et ne lâche plus jamais son emprise sur lui.
L'emprise ce pourrait être le sujet de ce livre. Personne ne peut croire que cet homme si charismatique soumet un jeune garçon à ses pulsions féroces. La hiérarchie catholique pour sa part s'obstine à étouffer cette affaire.
Trente ans plus tard, Paul se souvient et comprend qu'il doit agir, il ne peut laisser les autres victimes s'exposer seules, il est des leurs.
Après un temps d'incrédulité, sa mère finira par le soutenir et plus encore, un jeune séminariste, témoin d'une de ces scènes d'abus sexuels. Son ami Vladimir, scout comme lui et toujours à ses côtés, sera pour finir son avocat et son défenseur, pétillant d'idées et d'humour.
Ce livre est une œuvre romanesque, construite à partir de témoignages de personnes abusées dans leur enfance. Comme l'a dit un prêtre psychothérapeute, on entend les victimes, mais on ne les écoute pas. Le Désarroi de l'enfant de Chœur se place à la hauteur d'un enfant, confiant puis terriblement violenté. Son histoire est celle d'un enfer quotidien, qui l'emprisonne et le marquera à jamais..

Mon avis :

     Paul est un enfant souriant, plein de vie, attiré par le scoutisme, hâte de faire sa communion. D'une famille pratiquante, il est régulièrement en présence du père Ménager. Celui-ci mettra en place un stratagème pervers pour se faire passer auprès de la communauté pour la personne la plus humble, serviable et honnête. Il a une véritable aura envers les enfants qui sont fascinés par son autorité naturelle. Il y aura des enfants qui auront vu juste dans le comportement de ce père, prévenant Paul qu'il est "trop" apprécié du prêtre. Paul se souvient de cette époque une fois adulte, de grands pans de mémoire s'en sont allés, mais demeure ce sentiment froid dont il ne parvient à se détacher une fois adulte.

    Les premières pages du livre mettent le lecteur directement dans le bain. Les mots s'enchaînent, les horreurs également. Les sévices qu'a subis Paul, ce dégoût parfaitement légitime. Non, le lecteur n'est pas épargné. On ressent de la colère, de la tristesse, de l'incompréhension. Certains passages m'ont donné des hauts le cœur, mais ils sont nécessaires à la lecture de ce livre. Il est d'ailleurs d'actualité maintenant que les scandales sexuels autour de l'Église sortent dans les médias et que les victimes parviennent à prendre la parole, témoigner des horreurs subies.

    L'écriture est juste, Elisabeth Motsch déploie une grande sensibilité dans ce livre. Les mots ne sont pas dans l'exagération ou le sensationnel. Les faits sont relatés avec une réalité douloureuse. On se sent petit face à tant d'horreur. Elle arrive à nous faire comprendre les mécanismes entourant l'emprise mise en place par le père Ménager pour profiter de sa proie. Les mots chuchotés, les gestes déplacés, et l'incapacité pour cet enfant de réagir.

    Et ce moment où les faits se savent, où on essaye de protéger davantage l'Église que l'enfant. Sous prétexte que l'Église apprend à pardonner au pêcheur ? Une colère gronde en moi au souvenir de ces passages où Sylvie, la mère de Paul, tente de faire comprendre que la victime, c'est Paul et pas cet homme d'Eglise qui profite de l'innocence des enfants. Les regards de travers de la communauté, la solitude, mais la force de cette mère qui croit et protège comme elle peut son fils, allant jusqu'à demander une audience à l'évêque. Et ces dialogues qui hérissent les poils et l'âme lorsqu'il faut trouver une "solution pour ne pas faire de vague"...

    Dans cette épreuve, Paul rencontre Martin, un séminariste qui sera témoin d'une scène abjecte et le soutiendra. Et Vladimir, un personnage haut en couleur, que j'apprécie énormément pour son humour et son amitié envers Paul. Il sera là dans le camp scout, lors du service à la messe, et une fois adulte épaulant Paul. 
    Le thème de la foi est important dans le livre. On ne tombe pas dans des préjugés religieux, il y a d'ailleurs plus de respect face à la religion dont on arrive à dissocier les hommes. 
    Le livre nous fait rentrer dans le mécanisme du bourreau et la souffrance de la victime. Malgré la difficulté du sujet, ce livre a été une belle lecture.

    Pour aller plus loin, un lien sur la maltraitance faite à l'enfant ici. .

En bref :

Ce livre est poignant, il heurte et dépeint une réalité des plus abjectes. Une écriture fluide et une narration sans redondance. Un sujet d'utilité publique : la protection des enfants et des victimes. Aujourd'hui encore, trop d'enfants souffrent, sont victimes de la perversité de certains adultes…

lundi 21 janvier 2019

"Manuel pour en finir avec la mort" - Joseph Agostini, Agnès Rouby


De Joseph Agostini et Agnès Rouby, éditions Envolume, Société, Essai Mort, 2018

Résumé :

Il était une fois deux psychanalystes qui voulaient parler de la mort autrement. Ils sont partis à la rencontre de ceux qui la côtoient tous les jours, qui l’ont rencontrée au détour d’un événement traumatique, qui ont traversé des deuils, qui ont survécu à une maladie ou à un accident. La mort se vit de manière toujours singulière. Elle mène au cimetière comme à la création, à la souffrance invivable comme à la renaissance. Et il y a ceux qui ont approché la mort jusqu’à peut-être entrevoir ce qui se situe après… Joseph Agostini et Agnès Rouby leur ont donné la parole. Pour en finir avec la mort, c’est aussi et surtout un livre sur la vie… Toujours recommencée.

Mon avis :

    J'ai découvert Joseph Agostini avec son livre "Manuel d'un psy décomplexé". J'ai pris beaucoup de plaisir à le retrouver dans un livre abordant un thème aussi délicat. Qu'est-ce que la mort ? Que signifie-t-elle pour nous ? Est-on prêt à accueillir à la mort le moment venu. Aidé d'Agnès Rouby, psychanalyste, il aborde dans ce livre les éléments de notre société autour de la mort.

    Dans un premier temps, qu'est-ce que la mort, à quoi elle correspond et ce qu'elle signifie. Autrefois glorifiée, faisant partie intégrante de nos sociétés, la mort était reconnu comme la fin d'un voyage ou le début d'un autre. Au fil des siècles, elle est devenue dans certaines religions, le moyen de faire peser sur les consciences la notion du pardon de Dieu : représentation du paradis et de l'enfer en fonction de nos actes, autant que dans l'ancienne Egypte lorsque le cœur était soupesé sur une balance et devait être plus léger qu'une plume.

    Notre rapport à la mort, c'est aussi notre rapport au vieillissement, aux choses que nous ne pouvons plus faire progressivement. Ou alors la mort brutale et douloureuse, sournoise et silencieuse. Il n'existe pas une mort, mais autant que d'être humain. Nous ne sommes pas égaux devant la mort autant que nous ne sommes pas égaux devant la souffrance.

    Enfin, les auteurs évoquent les expériences de mort, de ces personnes en état de mort clinique et qui témoignent de ce qu'ils ont vu, ressenti, éprouvé durant ce laps de temps.

    C'est une lecture délicieuse, abordable, qui apporte non pas une science "je sais tout sur tout", mais expose les notions d'évolution par rapport à ce sujet certes délicat. L'écriture est agréable, le lexique employé est à la portée de chacun. Les thèmes sont abordés avec sobriété et tact. Il n'y a pas de jugement de valeur, les auteurs restituent des faits ou des témoignages. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'ils dédramatisent la mort. En tout cas l'effort est fait de donner des éléments de réflexions pour chacun.

    Professionnellement (je suis infirmière), j'ai accompagné beaucoup de personnes dans la mort. Qu'il s'agisse de jeune ou de personnes âgées. J'ai trouvé les propos très adapté, sur le regard de la société sur la mort, ces "mourants" qu'on ne saurait pas voir, ce vocabulaire emprunté, cette gêne. J'ai connu les douleurs, les silences, les cris, les incertitudes, les espoirs, les rémissions, les "revenants" (après arrêt cardiaque) J'ai connu différentes morts pour mes patients, et surtout les réactions des proches : de l'éviction au désespoir en passant par la colère. Je sais l'importance de mettre des mots. L'importance de dire "il vous attend". Affronter la solitude parfois.

En bref :


Un livre qui aborde le thème de la mort à la fois dans ce qu'elle a de plus personnel, mais également sa place dans notre société. Avec une écriture fluide et un lexique accessible, ce livre permettra à son lecteur une réflexion sur ce thème qui souvent est tu. Très bonne lecture.

dimanche 5 novembre 2017

"L'art de la guerre 2" - Sophie-Marie Larrouy

De Sophie-Marie Larrouy, éditions Flammarion, sortie le 01 novembre 2017, Contemporain, Société, Roman.

Résumé :

2 500 ans après Sun Tzu, Sophie-Marie Larrouy écrit la suite du premier best-seller de l'histoire.
Parce que nos guerres ont changé.
Parce qu'on a plutôt en mémoire des galères de couples que des souvenirs de batailles en rase campagne.
Parce que l'odeur des sapinettes accrochées au rétro nous est plus familière que celle des bivouacs militaires.
Parce qu'il est beaucoup plus dur d'aimer les gens que d'être fâché tout le temps.

Mon avis : 

    J'ai découvert Sophie-Marie Larrouy par le net. Cet outil qui a permis, depuis quelques années, l'émergence de nouveaux métiers, nouveaux artistes, nouvelle façon de s'occuper. Jusqu'à il y a quelques années, les séries, les films, les émissions étaient diffusés à la télévision. Les plateformes telles que YouTube, Dailymotion, Netflix permettent aux spectateurs de découvrir de façon différentes certains artistes, permettant à ceux-ci de se faire connaître ailleurs que par le "petit écran". 
    L'intérêt de ces plateformes ? Nous ne sommes pas dépendant d'une programmation, nous consommons ce que nous souhaitons et quand nous le souhaitons. Le "replay" permet d'organiser son quotidien et de choisir encore une fois les programmes que nous choisissons de voir à la télévision. Ce fameux choix !

    Il est difficile de résumer ce livre. Il s'agit de souvenirs un peu disparates, dont le fil conducteur n'est autre que les expériences que l'on fait à différents âges. Nous suivons la narratrice quand elle allait chez sa mamie à 4 ans et qu'elle a fêté son anniversaire. L'adolescence, les questionnements sur soi, la relation aux autres. À 18 ans, l'entrée dans la vie active, devenir une adulte. Puis la vingtaine, ses relations avec les hommes, des souvenirs de l'attentat du Bataclan, la vision de la vie avec un avant et un après. Une femme épanouie, en ne voulant plus essayer de ressembler aux autres, mais juste à elle-même. Des réflexions sur la sexualité plutôt percutantes. 

    Il y a sans doute des passages autobiographiques avec des lieux où l'auteure a grandit. L'histoire se déroule en Alsace, avec des références qui évidemment sont proches de moi : les Vosges, Mulhouse (j'y vis), certaines petites références à la région. Alors oui, je me suis soudain sentis proche. Je suis de la même génération
    Ce dernier point a rendu ma lecture particulière. J'ai ri avec nostalgie, me souvenant de moi au même âge avec des références musicales, ou juste des phrases et des expressions de l'époque. Je me suis sentie proche avec des interrogations que j'ai eu, des expériences et des réflexions quasi-identiques. Bref, une partie de moi connaît cette histoire. 
    J'ai lu avec plaisir, avec un sourire parfois triste et nostalgique. J'ai aimé cet humour et cette forme d'autodérision. On se moque toujours avec le recul des années de certains de nos agissements. On y pose surtout un regard bienveillant : je n'ai ressenti ni provocation ni moquerie. Surtout, en tournant les pages, je suis dit : "Oui c'est vrai".

    L'écriture n'est pas romancée. Je la classe dans la partie écriture "parlée". Cela m'a beaucoup gênée au début, car cela ne me correspond pas. Progressivement, en même temps que la petite fille devient une jeune fille puis une femme, l'écriture gagne en maturité. Et au final, j'avais l'impression d'avoir Sophie-Marie Larrouy qui me racontait ces souvenirs alors qu'on était attablé à une terrasse. Une lecture que je n'ai pas eue l'impression de faire en solitaire. J'étais avec une "amie" et on se souvenait de tout ce qui a changé depuis notre enfance. Cela lui donne une singularité.  

    J'ai eu le plaisir d'écouter l'auteure expliquer sur un de ses réseaux sociaux, que le titre qu'elle a choisi fait référence à ce que "les combats mené aujourd'hui ont changés". Cela peut sembler présomptueux, mais au final, non. Aujourd'hui, dans notre société, nous ne cherchons pas à savoir comment creuser des tranchées, exécuter des manœuvres militaires, mener un combat à coup d'arbalètes ou de lance-pierre. Nos combats ont changé, tout comme la société dans laquelle nous évoluons. Nos aspirations également.
    Les combats menés aujourd'hui sont divers : dans notre pays, il s'agira d'améliorer nos conditions de vie, l'égalité des sexes, l'acceptation de toutes les orientations sexuelles, la lutte contre les violences domestiques et le harcèlement sexuel... Bref, les luttes actuelles ne sont pas celles d'hier, et ne seront pas celles de demain. 
    À chaque âge, nous nous souvenons égoïstement de ce que nous voulions. Oui, je dis égoïstement, car au final, avant de devenir adulte et d'avoir conscience du monde qui nous entoure, de trouver notre place dans la société, on pense à notre univers direct uniquement. Nos combats ne seront pas identiques à d'autres pays qui sont en guerre par exemple : ils dépendent de notre environnement. Dans 1000 ans, nos combats seront passés. Un simple épisode de la civilisation humaine.

En bref : 

Entre humour et paroles sans concession, Sophie-Marie Larrouy nous présente un livre riche en réflexion sur nous-même mais aussi sur la société au travers de l'expérience qu'on acquiert. Nos combats passés, présents et à venir sont différents. Une grande sœur parlant aux générations suivantes.

lundi 2 octobre 2017

"Saison des ruines" - Bertrand Schmid


Merci aux éditions L'âge d'Homme ainsi qu'à la masse critique Babélio.

De Bertrand Schmid, aux éditions l'Âge d'Homme, 2016, Roman, Société.

Résumé :

Du haut de son alpage, un artisan vit pour le chant des choucas porté par les vents du matin. Dans les allées du Newhall Centre, la candeur d'une adolescence se heurte au désenchantement social.

Deux existences dont la durée des conditions n'a d'égal que le fantasme d'une vie meilleure. L'équilibre précaire, le refuge de fortune que chacun s'est construit, est fragilisé par les cruelles réalités de leur temps.

Au-dessus des prairies ou du bitume planent les menaces. Les jours passent, consument l'espoir, jusqu'à ce que l'unique saison de l'existence soit ruine.


Mon avis : 

    J'ai reçu ce livre il y a un moment déjà et je l'ai lu juste après sa réception. Je ne sais pas vous, mais je fais souvent des notes pour me souvenir de ce que j'ai ressenti ou pensé de l'histoire, des personnages. Etrangement, j'aime toujours l'atmosphère un peu sombre de ce livre. Cette année a été complexe pour moi, et sans rentrer dans les détails, je me retrouve dans ce livre, dans ce ton un peu mélancolique. Il y a des lectures qui nous ressemblent, parce qu'elles résonnent en nous ou nous font avancer

    Michel travail dans un alpage. Il aime la tranquillité de la montagne, il la connaît, la ressent. Jérémie travaille avec lui, Michel lui enseigne ce qu'il sait, parfois dans le silence, parfois dans le geste. Ils ont des habitudes, des bêtes dont il faut s'occuper. Cela leur convient. Michel est là où il doit être. Ces montagnes sont sa maison. 

    Annie est une jeune fille paumée, mais malgré tout emplie d'une réelle fragilité. On suit ses errements, ses sorties entre copines, ses expériences sur sa sexualité. Annie souhaite une autre vie, mais son modèle, sa mère, n'est pas le meilleur qui soit. Pourtant elle est faite d'espérance. Malgré la colère qui l'anime, l'espoir pointe parfois son nez. Mais l'avenir qu'elle choisit lui est quasi imposé par la façon dont elle a grandi. 

    Cette lecture secoue. Derrière une écriture fluide, qui ne cherche pas à faire des étincelles, on ressent l'absence. On ressent aussi le vide de l'instant. Les vies racontées sont tristes, mais tellement réalistes. On y parle de solitude, d'espérance, mais aussi de désillusion, de vie gâchée. Ces deux vies en parallèle dressent également la désolation de deux générations. Il n'y a pas d'âge pour voir la société gagner, et nos vies se perdre

    Les personnages sont à la fois énervant, on aimerait secouer le cocotier par moment de cette jeune fille, mais en même temps ils sont attachants. On a envie de voir les choses s'améliorer, on s'attend à la suite, on se doute même de la façon dont les choses vont évoluer. On est triste de les voir se réaliser pour, Annie surtout. Avec des peut être, sa vie aurait été tout autre... 

    La société n'est pas épargnée. Elle est présentée avec ce qu'elle a de plus injuste, mais aussi de nécessaire. Elle est présente à chaque instant, filigrane accompagnant la vie de ces personnages. Ce livre questionne également sur ce rapport que nous avons aux objets, à la possession, à qui on est dans ce système de façon détournée : qui je suis si je ne contribue pas à la société? 

En bref : 

Un premier roman réussi, qui donne au lecteur matière à réfléchir sur notre société de consommation d'aujourd'hui, notre identité, mais aussi le futur.

jeudi 25 août 2016

"Police" - Hugo Boris




Merci à Lecteurs.com et aux éditions Grasset de m'avoir fait vivre l'aventure des Explorateurs de la rentrée littéraire !

De Hugo Boris, éditions Grasset, sortie prévue le 24 août 2016, Huit Clos, Société, Contemporain.

Résumé :


Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.

Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.

En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?


Mon avis :


    Gardien de la paix. Un métier aux services de l'autre. Virginie, Erik et Aristide ont accepté une mission qui ne fait pas partie de leurs attributions habituelles : raccompagner un migrant à l'aéroport afin que celui-ci soit raccompagné dans son pays : une reconduite à la frontière. Mais dans l'habitacle où la tension reste palpable, Virginie ouvre l'enveloppe de liaison qu'il faudra remettre à l’aéroport.
    De cet acte, les esprits s'échauffent : les interrogations sont nombreuses, et les volontés de chacun sont différentes. Entre ces policiers qui se connaissent bien, des silences entendus, des réflexions de franche camaraderie. Mais à côté d'eux : Asomidin Tohirov, un Tadjik, reconduit dans son pays. Les quelques heures qu'ils passent ensemble vont les transformer.


    Dans le climat politique national et international actuel, je n'ai pu qu'être touchée par l'audace d'un tel roman. Hugo Boris nous fait part de l'évolution des personnages dans une ambiance pesante, voire étouffante. On lit, on aimerait aller vite pour connaitre le dénouement, et en même temps, on le redoute.


    Avant de parler de l'histoire, j'aborderais ce qui m'a beaucoup frappé dans ce roman : les personnages. Virginie, Erik et Aristide sont Gardiens de la Paix. Virginie est enceinte d'Aristide, mais a programmé une IVG le lendemain de cette mission. Aristide est un homme charismatique, fort, mais qui cache une sensibilité que lui-même ignore. Enfin, Erik est leur supérieur, droit dans ses bottes, respectant les ordres et le rôle de chacun. Ce qui m'a frappé, c'est de retrouver ici non pas des agents, mais des humains, dans la complexité la plus complète de leurs sentiments. Je n'ai pas souvenir d'avoir retrouvé autant d'humanité dans un autre livre abordant des policiers souvent cantonnés à leur rôle d’agent, et c'est une bouffée d'oxygène : présenter ces hommes et femmes non pas par leur travail, mais uniquement par ce qu'ils sont au-delà de cet uniforme. Je me suis attachée à eux rapidement, l'auteur parvenant à toujours mettre en avant des souvenirs, des sensations, des sentiments proches du lecteur.


    L'histoire pourrait être tirée de faits réels. Mais je n'ai pas senti d'implication politique dans ce livre. Hugo Boris décrit une réalité, de façon brutale, réaliste. Ce qui est intéressant, c'est de découvrir comment les gardiens de la paix évoluent dans cette histoire, et pas uniquement vis-à-vis de leur responsabilité professionnelle, mais surtout par rapport à leur vie privée, leurs affects. N'étant pas une mission habituelle pour l'équipe, le côté humain est davantage mis en avant.
    Au milieu du livre, j'ai trouvé dommage qu'on ne parle que très peu d'Asomidin Tohirov. Mais au final, sa discrétion était plus pesante et appuyait davantage sur la psychologie des autres personnages. Et au final, je comprends ses silences et ses réticences. Le monde mériterait d'être meilleur.


    L'écriture de Hugo Boris est très agréable, facile d'accès et surtout impossible à lâcher : il parvient, dans un habitacle de voiture à faire émerger autant d'émotions que de réflexions. Un huit clos réussi, mais audacieux : on s’attend à de l’action, des échanges plus musclés. J’ai apprécié qu’il ne s’agisse pas d’un livre purement politique, ce qui aurait rebuté ma lecture. Au contraire, Hugo Boris est resté proche de l’humain, dans son histoire et dans écriture. Un bémol ? J'aurais aimé une introspection aussi approfondie pour Aristide et Erik que l'auteur ne l'a fait pour Virginie.



    Chaque lecteur pourra se faire une morale de ce livre. En l'achevant, je me suis demandé si nous devions tout accepter du moment où c'était notre "travail". L'auteur touche une corde sensible.


En bref :


Un livre brut, sans concession sur des événements actuels. Un livre qui fait réfléchir alors que le climat politique international n'est pas au beau fixe...