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vendredi 15 mars 2019

"Trop tôt' - Céline Sorin, Célia Chauffrey


De Céline Sorin, Célia Chauffrey, éditions L'école des Loisirs, Jeunesse, Naissance, Album, 2018.

Résumé :

"Ton petit frère est né, me dit Papa. Il s'appelle Timo. Il n'est pas prêt à respirer tout seul, alors on l'aide un peu… " Comment ça, j'ai un petit frère ! Mais je ne suis pas prêt ! On m'avait dit qu'il ferait beau, qu'il ferait chaud pour sa naissance, on m'avait promis le parc. Tu parles ! Il pleut, il gèle ! Et Maman qui ne rentre pas… Quand nous arrivons à l'hôpital, Timo ouvre les yeux, il me regarde !

Mon avis :


    L'histoire d'un grand garçon qui apprend la naissance de son petit frère alors même que l'hiver n'a pas chassé le printemps. C'est beaucoup trop tôt, c'était prévu plus tard. Et l'absence de maman, si pesante, mais il sait que c'est pour le bien de son petit frère : elle le couve, fait résonner ses battements de cœur. Jusqu'à cette belle rencontre, même si le pyjama est encore trop petit.

    Cet album est d'une grande douceur. Les dessins de Célia Chauffrey sont très beaux. Des traits fins et beaucoup de poésie pour entourer une histoire qui n'est pas évidente à aborder avec un enfant. Les paroles de Céline Sorin sont simples et sans exagération. Ce n'était pas prévu, mais comme il est là, il faut l'aider à respirer et à manger. Les rencontres à l'hôpital sont faites dans le bien-être du tout petit.

    Le sujet de la prématurité est expliqué avec finesse et le grand frère adorable dans ses doutes et ses expressions. Il se transforme doucement en grand frère, même si c'est venu trop vite. Il sera là, entouré de sa famille.
    Un enfant peut entendre beaucoup de choses, à partir du moment qu'on le temps de les lui expliquer. 

En bref :

Un petit album tout en douceur et en finesse pour aborder le sujet de la prématurité avec un enfant.

mercredi 20 février 2019

"Et puis Colette" - Sophie Henrionnet, Mathou

Delcourt Mathou

De Sophie Henrionnet et Mathou, chez Delcourt, BD, Famille, 2018

Résumé :


Au décès de sa sœur, Anouk, trentenaire parisienne, devient la tutrice de Colette, sa nièce de 7 ans. Alors que la jeune femme craint de se faire dévorer par cette responsabilité imprévue qui bouleverse son quotidien, la petite fille bouscule toutes ses certitudes.

Mon avis :


    C'est l'histoire d'une famille, d'un drame familial et d'amour. Lorsqu'Anouk apprend le décès de sa sœur, elle ne pensait pas que tout allait changer dans sa vie et son quotidien. Elle devient tutrice d'une petite Colette qui est très sensible et curieuse sur le monde. Accablées par la peine, elles vont s'apprivoiser, se découvrir et faire face à toute l'incertitude d'une telle relation. Anouk se sent perdue, et puis Colette ?

    Que devient l'enfant à la mort de ses parents ? Qu'en est-il des situations où l'enfant est élevé par un parent ? La mort est un sujet à la fois complexe et en même temps normale. Car la mort fait partie de la vie. On le sait, on admet ce concept, mais lorsque la mort fauche sans crier gare ou l'un de nos proches, même âgé nous avons du mal à accepter. Viennent alors des questionnements mystico-religieux en fonction de nos croyances. Mais lorsque le deuil s'accompagne de nouvelles responsabilités, notre équilibre change et tout est à réapprendre.

    J'ai particulièrement apprécié cette BD. Le sujet est dur, et le contraste avec la luminosité et la beauté du dessin est assez saisissant. Il s'agit d'une histoire de femme, de la mère à la sœur et enfin à l'enfant. Des destins qui vont changer, mais à quel prix ? J'ai apprécié le ton à la fois très terre-à-terre, mais aussi très sérieux. Les émotions sont bien abordées, avec des échanges qui semblent légers, mais qui portent un vrai message. Le développement de la rencontre et de relation qui va en découler est bien décrite, dans sa complexité, sans omettre les failles ou les mots prononcés alors que des oreilles curieuses écoutent.

    Les dessins de Mathou sont comme à chaque fois superbes. Bien sûr, comme à chaque illustration, on aime ou on n'aime pas, c'est tout à fait normal. Pour ma part, j'ai apprécié ces dessins tout en rondeur, très colorés et lumineux qui diffèrent un peu des standards généraux. On se sent moins accablés avec ce style de dessins qu'avec une histoire où régneraient des couleurs sombres. Cela n'enlève en rien à la profondeur du texte, mais apporte une certaine légèreté à la lecture. J'ai un peu de mal à expliquer ce paradoxe, je m'en rends compte.

En bref :

Une BD qui recèle une histoire touchante, au féminin, où on ne s'attarde pas directement sur le deuil, mais l'après, lorsque des décisions doivent être prises. Des dessins colorés accompagnent un texte d'une réflexion autour de la mort et de la responsabilité.

dimanche 20 janvier 2019

"Coupée en deux" - Charlotte Erlih


En partenariat avec NetGalley et Actes sud Junior que je remercie pour cette lecture.

De Charlotte Erlih, éditions Actes Sud Junior, Roman, Adolescence, 2018

Résumé :

Depuis le divorce de ses parents, chaque dimanche soir, c’est le même déchirement pour Camille. Elle connaît la fissure créée par la garde alternée, elle l’a même apprivoisée avec le temps. Mais aujourd’hui, Camille doit faire un choix. Elle a rendez-vous avec la juge, son avis va être entendu. Désire-t-elle rester à Paris avec son père, sa nouvelle compagne et leur bébé ? Ou bien préfère-t-elle partir avec sa mère en Australie et changer complètement de vie ? Un dilemme adolescent mis en scène avec justesse et pudeur dans un huis-clos au cœur du Palais de Justice.

Mon avis :

    Une séparation, c'est toujours compliquée. Il peut y avoir les cris, les disputes, la tristesse, parfois la culpabilité. Camille a demandé à être entendue par la juge pour donner son avis sur l'endroit où elle va vivre : dans deux mois, sa maman part travailler en Australie, son père reste en France. Celui-ci a refait sa vie avec Laure, et ils ont eu un enfant : Nina. Mais un enfant, peut, il donner son avis ? Est ce que celui-ci sera entendu ?
    Il y a des événements difficiles à vivre. Des situations complexes, qu'on aborde différemment lorsque nous sommes enfant ou adolescent. Les sentiments sont parfois exacerbés, on a l'impression d'être pris dans un tsunami, mais notre réflexion n'est pas pour autant biaisée. Adolescent, on sait réfléchir. Le divorce est un moment pénible dans une famille : pour les parents qui mettent fin à une partie de leur vie, pour les enfants dont la culpabilité est souvent prégnante. On réagit également de différentes manières.

    Charlotte Erlih donne la parole à Camille dans une situation compliquée avec un style simple mais percutant. Elle arrive à nous faire ressentir le désœuvrement de cette adolescente : elle s'entend avec chacun. Cela est d'autant plus difficile qu'elle a l'impression chaque dimanche soir de se couper en deux sans jamais retrouver l'autre moitié au même endroit : une semaine chez son père, une semaine chez sa mère.
J'ai aimé cette façon de nous parler : comme si on était dans la tête de Camille, sans pouvoir relâcher la pression.

    Bien sûr, dans cette situation, Camille aime autant son père et sa mère, il n'y a pas de problème évident (maltraitance par exemple). Mais n'est-ce pas aussi difficile de devoir choisir entre son père et sa mère dans une telle situation ? Encore une fois, chaque situation est différente.

En bref

Ce roman est court, vif, et très constructif. Il est à mettre entre toutes les mains, parents comme adolescents. Une écriture qui inclut le lecteur dans les doutes et les questions de son personnage principal.

mardi 8 janvier 2019

"Revenir fils" - Eric Gutta-Percha


Lecture en partenariat avec Librinova que je remercie.

D'Eric Gutta-Percha, chez Librinova, Roman, mars 2018.

Résumé :


Un homme retourne chez sa mère, trente ans après l’avoir quittée.
Il la retrouve, l’ombre d’elle-même, démente et atteinte du syndrome de Diogène.
Depuis le départ du fils, elle entasse de façon pathologique. Tout : vélos, journaux, galets, vêtements, papiers gras, emballages, bouteilles, bouchons, prospectus, cartons... Elle garde. Les objets qui la structurent et qui l’asphyxient.
Sa maison comme un labyrinthe, maison-terrier, paysage dévasté et pourtant familier.

L’histoire d’une rencontre entre ces deux-là, que la vie avait séparés. L’occasion aussi d’une plongée dans l'adolescence des années 80, comme une petite archéologie des Trente Glorieuses.
Creusons, pendant que mère et fils se redécouvrent et s'apprivoisent, tendres et drôles, funambules maladroits.
Creusons.
Mais pas trop loin.
Parce que les fouilles, même familiales, peuvent présenter quelques dangers.

Mon avis :

    Avez-vous déjà eu des lectures qui vont ont retourné l'esprit et les émotions ? Avez-vous déjà eu un livre qui faisait remonter après quelques pages, des souvenir que vous aimeriez chasser ? "Revenir fils" a eu cet effet sur moi. Le livre ne porte pas sur la démence, mais j'y ai ressenti des émotions similaires à ce que j'ai connu par le passé, pour le personnage principal. Je suis infirmière, et je n'ai connu que trop de fois ces moments où l'un des parents perd la mémoire, ne reconnaît pas ses enfants, en oublie jusqu'au prénom qu'ils portent. Ces moments où la famille vient vous voir avec un sourire triste en demandant "comment elle va aujourd'hui?" Avant d'aller dans la chambre où vous entendez les cris parce que la visite est devenue une inconnue Perdre la mémoire, les souvenirs et les émotions qui y sont mêlés est difficile. Recueillir cette souffrance faisait parti de mon travail. Je ne travaille plus avec les personnes âgées, mais plusieurs événements me sont revenus, certains plus difficiles que d'autres.
    J'ai eu le besoin de mettre le livre plusieurs fois en pause. Puis de le lire d'une traite. Je ne chasse pas mes souvenirs, ils font partis de moi.

    Une histoire écrite en deux temps, en deux tons, paroles d'un fils en parallèle de celles de la mère. Le fils revenant à la maison et abordant ses souvenirs en même temps qu'il passe le pas de la porte d'entrée, ou lorsqu'il s'endort contre une pile prête à s'écrouler ou un fauteuil empli de poussière. Ce fils qui revient, pris par les odeurs nauséabondes d'une maison négligée, où s'entassent depuis des années des brics et brocs, des journaux ou des cartons.
    Il s'agit aussi de se redécouvrir, mère et fils, de s'apprivoiser dans un environnement emplis de détritus qui sont comme des trésors. C'est aussi plonger dans les souvenirs d'adolescence du fils, de vivre à travers lui les deuils successifs de la famille. Comment ils ont pu l'un et l'autre avancer dans ce monde. C'est aussi penser au moment où tout a basculé pour cette femme, ses pertes également.

    Il s'agit d'un huis clos étrange, mais que je connais de part mon expérience professionnelle. Les accumulateurs compulsifs en souffrent autant que leur famille. Il y a du désarroi, le plus souvent accompagné d'un sentiment de honte et/ou d'épuisement. Mais il y a aussi, comme dans cette histoire, de la tendresse et de l'affection, même s'il est compliqué de l'envisager, même si elles sont entourées de tristesse. Les souvenirs s'égrènent et avec eux, les éléments qui permettent de comprendre pourquoi on en est arrivé là.

    L'écriture est très agréable. Au début un peu décousue, le temps de s'imprégner de l'environnement, mais s'ensuit une double voix avec rythme : les propos de la mère ont un langage propre, différent de celui du fils. J'aime beaucoup ces livres laissant à chaque voix la place de s'exprimer. J'ai aimé la façon qu'a eue l'auteur de partager cette réalité, avec une pointe d'humour noir, mais sans moquerie ni jugement. Il y a une logique dans la gestion de la maison de cette femme, et j'ai aimé la façon de nous la faire partager, par les yeux d'un fils déboussolé.

    Une fin ouverte à toutes les suppositions…

En bref :

Il y a ce qui est montré, ce qu'on souhaiterait cacher et autour, la réalité crue d'une maladie qui impacte l'ensemble des proches. Une écriture juste qui emporte le lecteur et le fait voyager aux côtés de ce fils se rapprochant de sa mère.