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dimanche 18 mars 2018

"La nuit avec ma femme" - Samuel Benchetrit


De Samuel Benchetrit, chez Plon, 2016, Amour, Témoignage, Deuil.

Résumé :

Un homme ouvre son cœur à sa femme disparue sous les coups d'un autre, venue le visiter le temps d'une nuit. Un voyage intérieur poétique, âpre et intime.

" J'ai passé plus de temps que toi sur cette Terre. Et notre différence, c'est que moi, je t'ai perdue. C'est parce que j'ai continué à vivre que je le sais. J'ai voulu être seul souvent pour être avec toi. Il faut bien donner son temps aux amours invisibles. S'en occuper un peu. Encore maintenant je me demande comment tu vas. Ce que tu fais. Je cherche de tes nouvelles. J'invoque la colère pour que tu la calmes. Quelques rires où tu me rejoindrais. Et le soleil a changé, puisqu'il manque une ombre. Mais je suis heureux. Et c'est à ton absence que je dois de le savoir. "

Mon avis :


    A l'heure où j'écris cette chronique, plusieurs mouvements pour la protection des femmes, contre toute forme de harcèlement et pour l'égalité nous font part de chiffres souvent alarmants. Ceux-ci sont communiqués par de nombreux sites et on peut se fier au site officiel : http://stop-violences-femmes.gouv.fr. Oui, les chiffres alarment. Oui, c'est choquant. Oui ça arrive dans tous les milieux socio-culturels. Non il n'y a aucune excuse. Il s'agit d'un débat important dans une société qui se veut égalitaire, en façade tout du moins. Les violences, le plus souvent ne sont pas commises par des inconnus, mais par un père, un frère, un ami, un conjoint, un ex-conjoint... Quelqu'un de connu. Les dégâts sont importants et heureusement, de nombreuses associations aident ces femmes d'un point de vue social, médical, juridique ou psychologique. Mais ces violences ne devraient pas exister...

    Samuel Benchetrit est un artiste aux multiples talents : scénariste, réalisateur, écrivain. Dans "La nuit avec ma femme", il retrace le souvenir et l'absence d'une femme ; sans donner de nom, on reconnaît les faits. Sans donner de nom, on se souvient de cette femme qui a perdu la vie sous les coups de son compagnon. Samuel Benchetrit a un enfant avec elle et le voilà qui doit lui annoncer la perte, l'absence, l'impossible douleur. Marie Trintignant décède le 1er août 2003 après un coma et un œdème cérébral provoqué par les coups portés par son compagnon Bertrand Cantat. 19 coups dont 4 au visage selon les légistes. Ce livre est un hommage à l'amour que Samuel Benchetrit et Marie Trintignant ont partagé. Et à l'après.

    Pour être parfaitement honnête, je ne savais pas de qui parlait le livre au moment où je l'ai débuté. J'ai été un peu perturbée dans un premier temps, par la façon d'écrire de l'auteur, de façon très hachée, des phrases courtes, des souvenirs mêlés, des sensations et sentiments difficiles. Nommer l'indicible, la douleur de l'absence et réussir à les partager avec une écriture puissante, une pointe de culpabilité et des sentiments toujours vivant. Progressivement, en racontant son histoire, j'ai été prise dedans, accompagnée par les mots, la chronologie des faits venant nourrir les souvenirs. J'ai très vite compris de qui il s'agissait, les circonstances de la disparition.

     L'écriture est forte, puissante, parvenant à faire ressentir au lecteur des émotions tout aussi intenses. Au travers des mots, c'est cette absence que j'ai le plus ressenti. Ce qui ne sera plus vécu, ce qui ne sera plus partagé, ce qui ne sera plus ressenti. Cet enfant si jeune à qui il faut annoncer que sa mère ne reviendra plus. L'absence. Il y a beaucoup de tristesse, l'auteur nous livre ici son cœur ouvert, une façon sans doute de donner corps à la souffrance qu'il ressent.

     Aujourd'hui encore, de nombreux articles de presse font mention de Bertrand Cantat, de son retour sur scène. Il a purgé sa peine aux yeux de la justice et de la société. Il a le droit à la réinsertion, mais l'image de cet homme sur scène a de quoi gêner... Marie ne montera plus jamais sur aucune planche ni aucun plateau de cinéma...


En bref :

Un livre émouvant, triste retraçant les derniers jours de la vie de Marie Trintignant vécu par son ex compagnon. Une ode à ce qu'ils ont partagé et l'indicible douleur de l'absence. Un livre à recommander !

vendredi 19 août 2016

"Fils du feu" - Guy Boley


Merci aux éditions Grasset et à NetGalley pour la découverte de ce livre.

De Guy Boley, éditions Grasset, sortie prévue le 24 août 2016, Contemporain, Deuil, Famille.


Résumé :


Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.


Mon avis :


    Dans un village de province, un jeune garçon nous raconte son quotidien, l'émerveillement du travail de forgeron de son père et ces volutes de feu, de flammes et de fer rougi qui l'entourent. Il raconte également le quotidien de sa famille et de ses voisins, la façon qu'ont les femmes de laver le linge, dans des grandes mannes avec de l'eau bouillante.
    Mais le quotidien change : le petit frère meurt, la maman en est quasi inconsolable et entre dans une folie pour oublier sa souffrance : elle vivra comme si son fils était toujours là, laissant son assiette à table, achetant des manuels scolaires pour la rentrée, l'accompagnant dans sa croissance... La sœur quitte le foyer lorsque le père se met à boire. 
Le garçonnet grandit, se pose des questions sur sa propre identité, évoque sa mère et cette relation qu'elle maintient avec son petit frère.


    Ce roman est particulier : un début étrange où les souvenirs de la forge et de la puissance du père et de son employé abattant leur marteau sur l'enclume se mêlent à des événements plus tristes. Je n'y ai pas senti de voyeurisme, mais plutôt une mise à distances des sentiments rendant le récit plus neutre. Pas d'extravagance, mais un fond mélancolique.


    Le fait de positionner l'histoire dans une ville de province sans la nommer permet au lecteur une plus large ouverture. On ne va pas parler d'une famille, mais de plusieurs : toutes celles qui ont connu ce boom durant les années d'après-guerre à partir des années 60 où la modernisation a modifié les emplois, les habitudes de vie. J'ai aimé d'ailleurs qu'il ne s'agisse pas purement d'un livre historique, mais expliquant avec simplicité certaine modification.


    Le plus marquant dans le livre à mes yeux est cette relation entre la mère et ses fils : perdre un enfant est une douleur et épreuve inimaginable. Le narrateur raconte comment sa mère lui a appris la nouvelle, mais surtout comment elle a survécu à sa douleur, en plongeant doucement dans une folie douce, faisant comme si son fils était toujours en vie : elle achète des manuels scolaires, des vêtements. J'ai eu beaucoup de tendresse envers cette mère.


    Les relations à l'autre sont importantes dans ce livre, et avec une écriture simple et fluide, l'auteur arrive à nous maintenir dans une impression de tristesse tout au long du livre, une mélancolie. Avec tout de même de l'espoir.


En bref :


Un livre sur la famille, sur la modernisation, sur le deuil et la façon que chacun a de faire face à ces événements. Un roman fort en émotion.