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jeudi 28 février 2019

"Colocs tome 1" - Nadia Lakhdari King

éditions Kennes

En partenariat avec NetGalley et les éditions Kennes que je remercie.

De Nadia Lakhdari King, éditions Kennes, Roman, Adolescence, 2017.

Résumé :


Emma et Béatrice, deux grandes amies, réalisent le rêve de bien des adolescentes en devenant colocs, à dix-sept ans, pour le cégep. Enfin la liberté - même si la tante d’Emma, qui habite en haut, les supervise de loin en loin. Béatrice est en amour par dessus la tête avec Sébastien, étudiant en deuxième année de cégep et gardien de but de l’équipe de hockey du collège. Elle fait tout pour prouver qu’elle est à sa place parmi les amis de son chum. Emma souffre du manque de disponibilité de Béatrice, se dispute avec Mia, leur troisième coloc venue de Québec, et rêve du beau Théo, qui lui a pourtant préféré Mia lors du party de la rentrée. Cette série vivante, axée sur le dialogue, parle d’amitié entre filles, de la quête du grand amour, et du désir qu’on a, à dix-sept ans, de s’accomplir et de trouver sa voie.

Mon avis :

    C'est l'histoire de deux amies qui vivront en collocation en arrivant au Cégep avec une nouvelle jeune fille, juste au-dessus de l'appartement de la tante de l'une d'elles. Cette dernière permet aux parents de ne pas craindre pour le quotidien. Entre coups de cœur et coup de sang, cachotteries et non dits, leur vie sera des plus mouvementées.

    Je ne sais pas trop comment prendre cette lecture. Ces dernières semaines, j'essaye de lire des livres jeunesse pour découvrir davantage ce style. Autant je n'ai pas du tout été déçue par "L'Asile du Nord" de Carine Paquin, autant, je suis très perplexe pour ce premier tome. C'est une lecture légère, facile et rapide. Mais je me sens assez perdue face à la représentation des jeunes dans ce livre.

    Il y a énormément de légèreté dans le ton, dans les événements que les jeunes filles vivent. Autant, je trouve que le côté questionnement permanent pour un détail qui n'en vaut pas forcément la peine est très bien mis en relief, autant, je ne comprends pas la réaction de Béatrice ou d'Emma. Ce qui est important à nos yeux ne l'est pas forcément à ceux du voisin.

    Pour leur âge, je leur trouve un manque flagrant de maturité, ça m'a beaucoup perturbé alors que j'avais envie de rentrer dans le livre pour les secouer un peu. Mais en même temps, je ne suis pas la cible et c'est là où je reste perplexe. Dans certains livres pour adolescent, on met en avant l'envie de se dépasser, la recherche d'identité ou alors le combat pour s'affirmer. Ici, je ne le retrouve pas et trouve beaucoup d'énergie mis dans les relations sentimentales, mais l'identité ne s'arrête pas là, pas pour les beaux yeux d'un garçon. Du coup, je me demande ce que cette histoire représente pour une population adolescente, qui, j'en suis tout de même sûr, devrait adorer.

    Car la réalité est aussi là : ce livre parlera à un besoin des adolescents de "faire partie d'une bande", de se reconnaître dans un questionnement des sentiments amoureux. Car ce que j'ai apprécié, c'est cette amitié, qui va grandir en fonction des non dits… Mais c'est ma représentation en tant qu'adulte. Il n'y a qu'à voir les succès de certaines séries télévisées pour comprendre que les jeunes souhaite aussi lire des histoires qui n'ont de léger que le regard qu'un adulte peut lui porter. Le répertoire québécois n'est pas du tout un frein à la lecture, j'aime beaucoup leur expression et n'ai pas été perdue dans ma lecture. 

En bref :


Cette lecture est très intéressante, car toute légèreté que je lui ai trouvée, je pense qu'il intéressera un public jeune, en recherche de sensations de "grands". Je reste curieuse de la suite, même si je ne suis pas le corps de cible.


"L'asile du Nord tome 1 : Camille" - Carine Paquin

Carine Paquin Kennes editions

Merci à NetGlley et aux éditions Kennes pour cette lecture.

De Carine Paquin, Kennes éditions, Schizophrénie, Littérature Jeunesse, 2019.

Résumé :

Peu de temps après la mort de sa grand-mère, à l'aube de l'an 2000, une jeune fille de seize ans est internée à l'hôpital psychiatrique. Son diagnostique : schizophrénie paranoïde. Pourtant, certaines personnes de la ville sont convaincues que la petite n'est pas folle, que ce qui l'affecte n'a rien d'humain. Existerait-il quelque chose d'invisible à l'homme qui peut s'emparer de lui et détruire sa vie ? Enfermée entre les quatre murs de cet hôpital, que fera Camille quand elle constatera que sa vie ne lui appartient plus ? Pour quoi, ou plutôt pour "qui" vit-elle ?

Mon avis :

    Camille se trouve avec son groupe d'amis à une soirée. Elle décide de jouer avec une planche Ouija et d'appeler l'esprit d'un défunt. La soirée ne se passe pas comme prévue et Camille semble envahi pas quelque chose. C'est la même soirée où sa grand-mère décède. Depuis cette nuit étrange, elle a un comportement étrange, elle martyrise sans s'en rendre compte le bout de son index qui finit en sang, a des moments où elle ne se reconnaît plus ni ne reconnaît celle qu'elle voit dans le miroir. Elle voit également sa mère qui pourtant est décédée. Elle présente des symptômes de maladie mentale et son père, voulant la protéger, lui fera consulter un médecin. Mais tout ne se déroule pas aussi simplement. Son petit copain, sa meilleure amie feront tout pour l'aider.

    Le sujet de la maladie mentale m'intrigue et m'interpelle. Mon métier d'infirmière m'a permis d'étudier ces pathologies, ses survenues et ses traitements. Je suis toujours sur la réserve lorsqu'il s'agit de lire ou voir un film dont l'un des personnages souffre d'une maladie mentale. Il y a beaucoup de préjugés, comme par exemple à les présenter comme personne dangereuse. Pourtant, de la dépression à la schizophrénie en passant par les dépendances, je trouve cela très intéressant à les aborder dès l'adolescence pour donner la possibilité aux jeunes d'en entendre plus et d'avoir envie de se renseigner.
    J'ai trouvé ce thème bien traité dans le livre. Il n'y a ni exagération, ni moquerie, ni "invraisemblable" dans la partie médicale surtout. C'est au Canada que se déroule l'histoire, mais on retrouve des similitudes avec nos prises en charge en France. J'ai principalement apprécié les changements de comportement : leur description est très réaliste, ces moments d'absences hors d'elle ou le fait de ne plus se reconnaitre. C'est très réussi..

    Ce livre, un premier tome, m'a fasciné. Même s'il est catégorisé en littérature jeunesse, j'ai eu peur, j'ai tremblé durant certaines scènes et j'ai gardé la lumière allumée dans l'appartement. L'auteure, Carine Paquin, ne nous épargne pas, certaines scènes sont décrit avec ce qu'il faut de détails pour nous garder en appétence pour la suite. Les personnages sont complexes. Suivre Camille dans ses "expériences" lui donne une présence toute particulière. Sa relation avec son petit ami est adorable et étrange… 

    La construction de l'histoire est simple mais efficace, elle fait le job de mettre notre attention en alerte. Le suspens monte crescendo, on a envie d'aller plus vite dans la lecture, et en même temps, on ne veut pas savoir. Entre réalité et "fantastique", on savoure la lecture. Je n'ai pas envie de vous spoiler cette seconde partie qui a bien contribué à l'effet horreur. La fin de l'histoire, on la prend en pleine figure et on se dit, on espère, que ce n'est pas terminé.

    Auteure à suivre et suite à découvrir. Une très bonne littérature jeunesse dans la section suspens, horreur. Bravo !

En bref :


Un premier tome effrayant qui fait son travail. Une histoire captivante dont la fin nous laisse sans voix. Une écriture efficace et qui va droit au but. Une belle réussite !

"Comment attraper un ours qui aime lire" - Juliana Léveillé-Trudel


En partenariat avec NetGalley et les éditons de la Chouette que je remercie.

De Juliana Léveillé-Trudel, éditions de la Chouette, Jeunesse, 2019

Résumé :

Julia a beaucoup d’amis dans la forêt près de chez elle. Elle grimpe aux arbres avec Léon l’écureuil, joue à la cachette avec Charlotte la marmotte et fait des concours de pet avec Georgette la mouffette. Julia rêve de rencontrer un ours. Ils pourraient jouer ensemble à tant de jeux amusants ! Et se donner de gros câlins. Mais aucun ours ne montre le bout de son museau.

Mon avis :

    Jula vit à côté de la forêt. Ses amis ne sont pas humains : entre Léon l'écureuil, Georgette la moufette, ses journée en pleine nature se déroule paisiblement. Mais Julia a un rêve : elle souhaite plus que tout rencontrer un ours ! Elle décide de provoquer le destin et essaye, par des idées piquées dans son livre, de faire apparaître un ours. Mais lorsque sa maman l'appelle pour manger, elle en oublie son livre… qui a disparu à son retour. Se pourrait-il que quelqu'un le lui ai pris… Elle décide de suivre les traces qui semblent mener jusqu'en haut d'un arbre.

    Un livre haut en couleur, joyeux et vivant. Les dessins sont clairs, les pages lumineuses. Le texte est aéré, cela donne une lecture plaisir avec un enfant qui observe tous les détails du livre. Celui-ci est accessible, rythmé et il n'y a pas de moment de pause.

    Mon fils a particulièrement apprécié cette lecture. Fraiche, parlant d'animaux et de nature, cela éveille tout de suite sa curiosité. Sauf lorsqu'il s'agit de vouloir adopter un ours à la maison… Quoi qu'il en soit, il arrive à s'identifier à l'héroïne et à sa vivacité.

    Le personnage de Julia est haut en couleur : vive, pleine d'énergie, elle emporte les petits lecteurs dans son aventure. L'histoire se déroulant en forêt, avec des animaux permet aussi de se centrer sur la beauté de la nature, des ballade en nature et des animaux que l'on peut y découvrir. Le respect de nature et des animaux est fondamental à mes yeux.

En bref :

Une petite histoire pleine d'énergie et de curiosité à partager avec nos jeunes lecteurs. Entre enquête et amour de la nature !


mardi 27 mars 2018

"Tsubaki, le poids des secrets" - Aki Shimazaki


D'Aki Shimazaki, édition Babel, 2005, Famille, Secret, Guerre.

Résumé :


Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.

Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.

Mon avis :

La beauté, peut-elle effacer la cruauté ?

     Yukiko est à présent une femme âgée. Le 9 août 1945, elle n'était pas dans sa maison auprès de ses parents. Elle venait de commettre un acte qui la hanterait sa vie durant. En quittant le foyer, marchant au hasard, elle sauve sa vie : "Fat Man", bombe au plutonium surnommée ainsi par les Américains, venait d'être larguée sur Nagasaki, emportant des milliers de vies. Yukiko et sa mère ont survécu ainsi que la voisine et son fils. À son décès, elle lègue à sa fille une longue lettre narrant les évènements et les souvenirs de cette époque. Commence ainsi une histoire dont chaque protagoniste aura la parole durant les cinq tomes du "Poids des secrets".

     Avec délicatesse, Aki Shimazaki explore les souvenirs traumatisants liés à la Seconde Guerre mondiale du point de vue japonais. L'Histoire sert de trame de fond à l'histoire. En très peu de pages, l'auteur parvient à dresser une intrigue humaine passionnante sur fond historique. J'ai aimé ce style épuré, précis, sans alourdir les propos, juste ce qu'il faut d'émotion et d'explication. La construction des personnages est dense, même les personnages secondaires sont traités avec la même minutie.

     En lisant ce premier tome, on ne se doute pas des différentes histoires de vie qu'il comporte ni comment les événements vont se précipiter pour chacun. J'écris cet avis en ayant déjà achevé la saga complète. L'histoire ne se résume pas qu'à l'histoire de Yukiko. D'ailleurs, elle ne se résume pas non plus à une simple histoire de famille. Le livre est l'occasion de parler de cette société japonaise pendant et après la guerre : les messages de l'empereur, la chasse aux étrangers surtout coréens, le poids des apparences et des secrets qu'il faut enfouir pour faire "bonne figure" face à la société, la famille qu'il faut préserver des rumeurs. La solitude.

     J'ai lu très peu de livres sur la Seconde Guerre mondiale dépeignant les évènements du point de vue japonais. Cette lecture a été l'occasion de faire des recherches sur l'Histoire et les choix de ce pays.
     Il y a beaucoup de poésie dans ce livre, beaucoup de tristesse et d'injustice. Je posais la question au début de la chronique si la beauté pouvait effacer la cruauté. L'écriture est fantastique, l'histoire captivante et l'intrigue vraiment bien construite. La beauté de cette plume met en lumière la cruauté de l'époque : de la guerre, de la société, de la famille. La beauté de l'histoire, simple, une histoire de vie en somme, fait ressortir ce qu'il y a de terrible à cette époque.

En bref :

Un vrai coup de cœur pour le premier livre de la saga "Le poids des secrets". Des personnages complexes, une écriture subtile nous embarquant dans les méandres des secrets de famille. À lire absolument !