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dimanche 11 août 2019

"Faire des Européens" - Denis de Rougemont


Merci à Babélio et aux éditions La Baconnière pour cette lecture.

De Denis de Rougemont, éditions La Baconnière, Essai, Education, mai 2019.


Résumé :

Faire l'Europe, c'est d'abord faire des Européens : c'est par cette maxime que Denis de Rougemont ouvrait, en 1956, une réflexion visant à cerner les contours d'une conception spécifiquement européenne de l'éducation. Articles, conférences, pamphlet — le lecteur, averti ou néophyte, retrouvera ici la fougue de jeunesse et la flamme iconoclaste des fameux Méfaits de l'instruction publique (1929) —, ces contributions dessinent la géographie d'une passion maîtresse de l'auteur de L'Amour et l'Occident : l'éducation — qu'il ne faudra plus confondre après cela avec l'instruction — et la pédagogie, tous chevaux de bataille qu'il nous convie à enfourcher sans nous départir de cette seule méthode qui vaille en des temps troublés.
Cette méthode, qu'un vigoureux humanisme appelle, ne peut être que fédérale ou fédérative. C'est dire qu'elle ne peut viser qu'à rééduquer le regard des Européens à une certaine virtuosité dans les changements d'échelle, leur rappeler que le monde, la culture, la langue, sont des réalités plus vastes que ce que les œillères du nationalisme nous en laissaient envisager. Non pas pour imposer une quelconque "table rase" — c'est-à-dire défaire en un jour ce que le travail des générations a patiemment accumulé de saveurs et de savoirs, au service d'insipides communautés sans communion —, mais pour ravauder ce tissu de civilisation que doit demeurer l'Europe dans sa quête inlassable d'un sens.
Pour faire des Européennes et des Européens : c'est-à-dire avant tout des femmes et des hommes agissant pleinement en tant que personnes libres et responsables. Et de conclure comme il avait commencé : "La question est de savoir si nous serons des hommes de chair et d'esprit, ou des pantins articulés."



Mon avis :

    Le livre de Denis de Rougemont est dense, riche en recherches et réflexion, mais qui, à mon sens, doit se partager. Il est jalonné par les discours, écrits, conférences de cet homme, écrivain, intellectuel, grand défenseur d'une Europe fédérale. La présentation des textes de façon chronologique est appréciable, et on ressent tout au long de la lecture la ferveur de cet homme pour l'éducation et l'Europe.

    Lorsque je précise qu'il s'agit d'une lecture à partager, c'est qu'elle questionne sur des thèmes très important : l'éducation, lorsqu'on est parent, est primordiale. Denis de Rougemont explique à plusieurs reprise ce qu'il déplore dans l'école : que l'on cherche non pas à individualiser la personne, mais surtout à être en capacité à faire partie d'un tout. En ayant fait lire certains textes à une personne de ma famille, professeur d'Histoire Géographie à la retraite, nous sommes tombés d'accord sur l'importance certes de l'éducation à l'école qui donne les mêmes "chances et offre le même enseignement". Mais ce qui est important, c'est cette possibilité offerte aux enfants d'en découvrir plus, de faire émerger leur esprit critique, de leur faire découvrir et comprendre le monde, l'école seule ne peut le faire, l'entourrage de l'enfant prend la une place primordiale.
    Denis de Rougemont évoque très tôt une éducation qui permette de former des personnes autonomes, capable d'initiative. Il évoque l'éducation plus autoritaire de l'URSS et celle plus libertaire des USA expliquant qu'il y a un juste-milieu à trouver. Aujourd'hui encore, le débat autour de la scolarité, des différentes réformes de l'éducation nationale sont source de discussions animées. Y a-t-il une éducation parfaite ? Comme le souligne Denis de Rougemont, il y a sans doute autant que d'enfants : chacun évolue à son rythme en fonction de ses capacités. L'éducation évolue en fonction de son époque, sans doute aussi en fonction des besoins.

    La lecture a été parfois difficile car redondante. J'ai apprécié les différents points de vue de l'auteur qui, malgré qu'il soit écrit de 1929 à 1981, sont encore très actuels. L'avenir de l'Europe se construit chaque jour. Je pense d'ailleurs qu'on ne parle pas assez de l'Europe, de ce qu'elle fait pour les citoyens, de ce qu'elle protège. Elle ne sera jamais parfaite, car ne pourra pas plaire à tous, mais pour mieux la comprendre, il faut en parler.

En bref :

Essai intéressant, toujours d'actualité, l'éducation étant une question toujours posée.


lundi 8 avril 2019

"Agnès" - Peter Stamm

Peter Stamm

De Peter Stamm, édition Christian Bourgois Editeur, Roman, Amour, 2008

Résumé :

Dans la salle de lecture surchauffée de la bibliothèque municipale, ils ont échangé leurs premiers regards. Puis autour d'un café, leurs premiers mots. II est suisse et fait des recherches sur les wagons de luxe américains. Elle est américaine, étudiante en physique et rédige sa thèse de doctorat. Ils dînent ensemble, partent en excursion dans les forêts environnantes, visitent les musées. Un jour, Agnès lui demande d'écrire un portrait d'elle. Soir après soir, il se prête à ce qui n'est au début qu'un jeu. Mais peu à peu, leur vie se conforme aux aléas du récit, au risque que celui-ci prenne le pas sur la réalité.

Mon avis :


    C'est l'histoire d'une rencontre. Des regards qui s'échangent, une discussion qui s'enclenche, une histoire qui débute. Mais elle est particulière cette histoire, à la fois distante et très proche. Mais elle existe. Tellement fort qu'elle est imaginée avant même qu'elle ne soit vécu. Ce qui devait être le portrait d'Agnès devient une histoire sans l'être réellement lorsque le narrateur écrit leur histoire à sa demande. Mais à la différence de ce qui est écrit, la vie réserve des surprises et des embûches qu'on ne pouvait pas prévoir à l'avance…

    Avant que le livre ne me tape dans l'œil, c'est ce qu'en a dit un lecteur qui l'a présenté sur un réseau social qui avait attisé ma curiosité. En terminant le livre, je suis toujours dans le même étonnement et je ne peux pas mieux résumer l'histoire en disant qu'il s'agit d'une histoire d'amour dont les deux protagonistes ignorent sans doute la réalité.

    Peut-on apprécier un livre alors qu'on n'en apprécie pas forcément ses personnages ? Sans doute que oui ! Autant le narrateur qui parle de l'histoire et Agnès m'ont semblé lointain, impersonnel, vissé à eux-mêmes. En cela, j'ai l'impression de manquer d'information malgré ce qui est révélé au fur et à mesure des pages, pour les apprécier. Cependant, le flou dans lequel j'étais m'a permis d'observer leur relation non pas d'un point de vue pur des sentiments, mais des mouvements de leur histoire. Je ne sais pas si j'arriverais à être claire avec ce ressenti. Il ne s'agit pas de romance, mais d'une histoire d'amour étrange, qui, même si présentée pleine et entière, ne vit sans doute que de ce qu'elle parait être. Il y a lui, il y a elle…

    L'écriture de Peter Stamm est entrainante, mesurée, il y a une pointe de froideur dans la description des événements que j'ai appréciée. On est loin de "Love Story" d'Erich Segal ou de "Roméo et Juliette" de Shakespeare où l'intensité de la relation est prégnante. Ici, il y a un détachement qui m'a plu. Lui est écrivain, elle, lui demande d'écrire sur leur amour. Et il en ressort que leur histoire n'est que ce qu'elle semble être : d'une banale réalité alors même que ce qui est écrit fait trembler ce qu'ils vivent. Les paragraphes effacés et réécrit… Et faire coller la réalité à la fiction…

En bref :

Un livre court sur une relation, son début, ses hauts et ses bas et sa banalité mis en lumière par une écriture pondérée et attractive ! J'adhère !

vendredi 15 mars 2019

"101 bonnes raisons de se réjouir de lire" - Guillaume Long et collectif d'enfants.


De Guillaume Long avec la participation d'enfants, éditions La joie de Lire, Jeunesse, 2009.

Résumé :



Il y a des tas de bonnes raisons de se réjouir de lire : parce que c'est utile, parce que c'est amusant, parce que cela nous emmène toujours plus loin vers les autres et vers soi-même, parce que...

Notre avis :


    Lire est un plaisir et une passion. C'est une activité solitaire que j'aime à penser collective : nous vivons tous une sensation différente à la lecture d'un même livre. Mais aimer lire, c'est bien plus que cela.
Apprendre à lire suggère l'apprentissage, exercice, essai erreur. Mais dans quel but ? 



    Mon fils est à un âge où il apprend doucement à lire. Bientôt le CP et bientôt la joie de pouvoir me lire des histoires à moi. C'est un de ses objectifs que l'on retrouve parfaitement dans ce petit livre.

    Nous l'avons lu ensemble, en accord avec ce que d'autres enfants ont proposés, en rajoutant bon nombre d'exemples : "Maman, moi aussi, je vais lire toute la nuit tous mes livres !"




    Lire, ce n'est pas seulement s'évader dans une histoire incroyable remplie de fée, chevalier ou pirate. Lire, c'est aussi pouvoir se débrouiller dans notre quotidien, faire des courses, voir qu'on a grandi et pourquoi pas raconter notre propre histoire. Bien sûr il y aurait encore tant à dire, même si parfois il y a de la répétition, il y a autant de bonnes raisons dese réjouir de lire qu'on pourrait en imaginer ! 

    Nous avons tous les deux apprécié les dessins de Guillaume Long. Un coup de crayon simple, mais qui suffit à raconter toute une histoire. Il y a beaucoup de douceur qui ressort de ce petit livre, de l'imagination et un doux moment partagé avec mon petit garçon.

Nous l'avons lu 3 fois d'affilé, c'est pour dire… ^^ 


En bref :

Un petit livre adorable, à lire seul ou à deux avec son enfant. Les plaisirs de la lecture vue par un collectif d'enfant et agrémentée des superbes dessins de Guillaume Long




mercredi 13 mars 2019

" Le monument infini" - Dimension Ruine

En partenariat avec Babélio et sa masse critique, ainsi que les éditions Abrupt que je remercie tous deux.

Ade Dimension Ruine, aux éditions Abrupt, Essai, Philosophie, 2018.

Résumé :

Cet essai n'est pas un poème, il n'a rien non plus du songe, il se place en l'œil qui le lit comme une prière chamanique où retentissent des abstractions, s'enchevêtrent des concepts en un tournoiement qu'il veut sans fin. Le tutoiement distant, mais aimant de ce texte à la science-fiction accompagne un appel à la transformation de la vision portée sur le réel. Il invite à la réflexion sur l'acte de bâtir, non dans sa technicité, mais dans son essence mystique. Le geste qui martèle la pierre pour construire le foyer a pour le collectif Dimension Ruine l'allure d'un mantra politique. Dans cette remise en cause de ce qui nous semble anodin, la constance d'une verticale et d'une horizontale, de l'angle droit qui les réunit, se trouve un aveu de défaite des combats sociaux, un renoncement à la modernité, et dans la contemplation des gravats ontologiques d'une époque, Dimension Ruine murmure une proposition concrète : un monument sans fin. Ce bâtiment semble vouloir conquérir l'espace, il a l'apparence de la prospective, mais lance surtout un défi au lecteur : qu'est-ce que la question ? Celle sociale de l'être lorsque l'humain s'apprête à marcher vers le cosmos, quelle est-elle ?

Mon avis :


    En remportant une Masse Critique Babélio, c'est parfois comme ouvrir une pochette-surprise : même si on s'attend à trouver à l'intérieur quelque chose d'étonnant, cela peut le surpasser et devenir une expérience littéraire qui nous dépasse. Le résumé de cet essai est impalpable, mystique, et je pense que cela est réussi de laisser un point d'interrogation en suspension à cette lecture.

    Dimension Ruine, c'est un collectif réunissant des intellectuels et artistes : les arts (musique, littérature..), les sciences humaines (anthropologie, philosophie…) mais aussi mathématiques, chercheurs et autres. Cet essai, assez court, met en évidence et fait réfléchir sur la petitesse de l'humanité face à des forces cosmiques qui la dépassent. Comment peut-on penser que dans un univers en perpétuelle expansion, nous serions les seuls êtres doués d'intelligence ?

    L'expérience de lecture a été étrange : il m'a fallu reprendre certaines pages pour être sûre que rien ne m'a échappé. La constance dans l'essai, c'est l'interrogation. À chaque page, à chaque fois qu'une réflexion est soulevée, on ne peut s'empêcher de la retourner, la nourrir de notre expérience. Le monde est en mouvement perpétuel, et ce que nous sommes, nous, êtres humains, des "bâtisseurs". Mais jusqu'ou irons nous bâtir notre monde ?

"Une dynamique humaine de création provoque l'expansion de l'environnement humain. Cette conscience libère la puissance physique de l'esprit, et lui offre une volonté édificatrice sans limites."

    Je ressors de cette lecture intriguée, curieuse. Peut-être aussi, que je me sens bien petite face à ce monde qui évolue sans cesse. Peut-être est ce risible, mais parfois, je me prends à imaginer une forme de vie venant d'ailleurs et qui viendrait sur la Terre et nous mettrait devant les yeux les ignominies dont l'humain a été capable pour détruire son environnement et ses habitants. Mais j'aime à me dire qu'il y a du bon dans l'Homme pour que le futur soit beau.

    Il est possible de poursuivre l'expérience de lecture via un lien en fin d'ouvrage. Il est construit de telle façon que le texte est mis en parallèle à une page d'illustration, formes géométriques statiques ou en mouvement.

En bref :


Une expérience de lecture riche et profonde sur la place de l'être humain et le monde dans lequel il vit et qu'il continue de bâtir. Lecture très intéressante.