Affichage des articles dont le libellé est Huit Clos. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Huit Clos. Afficher tous les articles

samedi 17 février 2018

"Des gens heureux" - Paivi Alasalmi

Paivi Alasalmi

De Paivi Alasalmi, édition Presses universitaires de Caen, 1997, Thriller, Huit Clos.

Résumé :

Deux destins parallèles, deux vies en alternance: Marianne, consultante en entreprise, qui a épousé Jali, son double, pour s'installer bourgeoisement dans l'existence des « gens heureux »; Ritva, la responsable d'un petit musée que sa peur de l'’autre, ses angoisses obsessionnelles, ses phobies vouent à la solitude.

Jusqu'’au jour où, son chemin croisant celui de Jali, l'horreur s'installe.

Dans cette Finlande moderne mais immuablement soumise à la loi des saisons, la rassurante quotidienneté des habitudes et des rites ne saurait empêcher le destin de basculer. Le banal n'’est jamais loin du tragique, la cruauté n'échappe pas au grotesque et le vernis de l'homme civilisé ne met pas longtemps à se craqueler.

Mon avis :

    Marianne est une jeune femme qui, même si elle se complaît dans la normalité de son quotidien, aime les sensations qui raniment la passion du couple qu'elle forme avec Jali : le retour à la maison à la fin de la journée se termine en course-poursuite au premier qui rentrera sa voiture dans le garage. Une vie rythmée par une routine, deux enfants. Ritva est une jeune femme qui souffre de troubles psychiques : angoisses, paranoïa, l'ensemble de ses troubles lui font vivre une vie solitaire, loin des rapports aux autres. Elle se protège autant qu'elle le peut des intentions qu'elle donne aux autres. Mais lorsque Marianne et Jali se disputent, leur destin changera.

    Même si nous les suivons dans leur quotidien, ce livre est frappant par la pesanteur du huit clos qu'il installe. Le ton est froid, glacial par moment, égrenant les faits et les situations à mesure qu'on plonge dans la psychologie torturée des personnages. Nous sommes happés par la recherche d'une normalité qui n'existe pas. C'est le plus frappant dans cette histoire. L'auteur a pris son temps pour nous montrer chaque facette des personnages : et au final, même la normalité est étrange.

    J'ai particulièrement apprécié le traitement des personnages : de façon méthodique, l'auteur nous permet de plonger dans leur tête. Marianne est une jeune femme équilibrée, avec une situation professionnelle équilibrée. Comme tout le monde, elle est en proie au doute et ses mécanismes de défenses lui permettent de faire face au quotidien. Elle réfléchit souvent après coup à ses comportements. Jali est comme elle, même si ses réflexions ne sont pas traitées avec la même profondeur. Il est plus effacé, plus absent, et fait face avec simplicité au quotidien.
    Ritva est torturée par ses angoisses qui l'empêchent d'avoir une vie normale. Qu'il s'agisse de son travail ou de sa vie privée, tout tourne autour de rituels, de médicaments et surtout de la façon dont elle utilise les informations pour les faire tenir dans sa réalité acceptable. C'est le personnage que j'ai le plus apprécié et l'auteur prend le temps de nous expliquer son cheminement, son raisonnement.

    Dans chaque thriller, il y a une disparition, une attente, un corps que l'on découvre. Tel un épisode de Columbo, nous connaissons l'auteur du crime, mais l'intérêt de ce livre ne tient pas à la résolution du crime, mais plutôt à la façon dont les personnages ont fait pour tenir, vivre, faire face. La façon d'écrire de Paivi Alasalmi capte notre attention sur ces réactions. L'histoire est courte, mais ne contient à mon avis aucune fioriture : elle va à l'essentiel pour nous faire profiter d'une lecture où l'esprit et le fonctionnement de celui-ci sont mis en avant.

    Hormis les trois personnages cités plus hauts, plusieurs autres font leurs apparitions dans l'histoire, mais ils ne sont là qu'en filigrane. L'impression de huit clos est renforcée par le traitement de ces personnages secondaires. Il n'est d'ailleurs pas utile à l'histoire de les développer davantage.
    Un personnage en particuliers est intéressant car il n'est important que par son évocation dans l'histoire : les traces dans la neige, car il porte une chaussure différente à chaque pied. Je n'en dirais pas plus, car il faut également découvrir le livre et la façon dont l'auteur a imbriqué tous ces personnages les uns aux autres.

En bref :

    Un huit clos efficace que je ne peux que recommander pour celles et ceux qui aiment les histoires glaciales et cliniquement efficaces. Des personnages dont la psychologie est finement disséquée permettant à notre curiosité d'être assouvie.

jeudi 25 août 2016

"Police" - Hugo Boris




Merci à Lecteurs.com et aux éditions Grasset de m'avoir fait vivre l'aventure des Explorateurs de la rentrée littéraire !

De Hugo Boris, éditions Grasset, sortie prévue le 24 août 2016, Huit Clos, Société, Contemporain.

Résumé :


Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.

Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.

En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?


Mon avis :


    Gardien de la paix. Un métier aux services de l'autre. Virginie, Erik et Aristide ont accepté une mission qui ne fait pas partie de leurs attributions habituelles : raccompagner un migrant à l'aéroport afin que celui-ci soit raccompagné dans son pays : une reconduite à la frontière. Mais dans l'habitacle où la tension reste palpable, Virginie ouvre l'enveloppe de liaison qu'il faudra remettre à l’aéroport.
    De cet acte, les esprits s'échauffent : les interrogations sont nombreuses, et les volontés de chacun sont différentes. Entre ces policiers qui se connaissent bien, des silences entendus, des réflexions de franche camaraderie. Mais à côté d'eux : Asomidin Tohirov, un Tadjik, reconduit dans son pays. Les quelques heures qu'ils passent ensemble vont les transformer.


    Dans le climat politique national et international actuel, je n'ai pu qu'être touchée par l'audace d'un tel roman. Hugo Boris nous fait part de l'évolution des personnages dans une ambiance pesante, voire étouffante. On lit, on aimerait aller vite pour connaitre le dénouement, et en même temps, on le redoute.


    Avant de parler de l'histoire, j'aborderais ce qui m'a beaucoup frappé dans ce roman : les personnages. Virginie, Erik et Aristide sont Gardiens de la Paix. Virginie est enceinte d'Aristide, mais a programmé une IVG le lendemain de cette mission. Aristide est un homme charismatique, fort, mais qui cache une sensibilité que lui-même ignore. Enfin, Erik est leur supérieur, droit dans ses bottes, respectant les ordres et le rôle de chacun. Ce qui m'a frappé, c'est de retrouver ici non pas des agents, mais des humains, dans la complexité la plus complète de leurs sentiments. Je n'ai pas souvenir d'avoir retrouvé autant d'humanité dans un autre livre abordant des policiers souvent cantonnés à leur rôle d’agent, et c'est une bouffée d'oxygène : présenter ces hommes et femmes non pas par leur travail, mais uniquement par ce qu'ils sont au-delà de cet uniforme. Je me suis attachée à eux rapidement, l'auteur parvenant à toujours mettre en avant des souvenirs, des sensations, des sentiments proches du lecteur.


    L'histoire pourrait être tirée de faits réels. Mais je n'ai pas senti d'implication politique dans ce livre. Hugo Boris décrit une réalité, de façon brutale, réaliste. Ce qui est intéressant, c'est de découvrir comment les gardiens de la paix évoluent dans cette histoire, et pas uniquement vis-à-vis de leur responsabilité professionnelle, mais surtout par rapport à leur vie privée, leurs affects. N'étant pas une mission habituelle pour l'équipe, le côté humain est davantage mis en avant.
    Au milieu du livre, j'ai trouvé dommage qu'on ne parle que très peu d'Asomidin Tohirov. Mais au final, sa discrétion était plus pesante et appuyait davantage sur la psychologie des autres personnages. Et au final, je comprends ses silences et ses réticences. Le monde mériterait d'être meilleur.


    L'écriture de Hugo Boris est très agréable, facile d'accès et surtout impossible à lâcher : il parvient, dans un habitacle de voiture à faire émerger autant d'émotions que de réflexions. Un huit clos réussi, mais audacieux : on s’attend à de l’action, des échanges plus musclés. J’ai apprécié qu’il ne s’agisse pas d’un livre purement politique, ce qui aurait rebuté ma lecture. Au contraire, Hugo Boris est resté proche de l’humain, dans son histoire et dans écriture. Un bémol ? J'aurais aimé une introspection aussi approfondie pour Aristide et Erik que l'auteur ne l'a fait pour Virginie.



    Chaque lecteur pourra se faire une morale de ce livre. En l'achevant, je me suis demandé si nous devions tout accepter du moment où c'était notre "travail". L'auteur touche une corde sensible.


En bref :


Un livre brut, sans concession sur des événements actuels. Un livre qui fait réfléchir alors que le climat politique international n'est pas au beau fixe...