mardi 8 janvier 2019

"Revenir fils" - Eric Gutta-Percha


Lecture en partenariat avec Librinova que je remercie.

D'Eric Gutta-Percha, chez Librinova, Roman, mars 2018.

Résumé :


Un homme retourne chez sa mère, trente ans après l’avoir quittée.
Il la retrouve, l’ombre d’elle-même, démente et atteinte du syndrome de Diogène.
Depuis le départ du fils, elle entasse de façon pathologique. Tout : vélos, journaux, galets, vêtements, papiers gras, emballages, bouteilles, bouchons, prospectus, cartons... Elle garde. Les objets qui la structurent et qui l’asphyxient.
Sa maison comme un labyrinthe, maison-terrier, paysage dévasté et pourtant familier.

L’histoire d’une rencontre entre ces deux-là, que la vie avait séparés. L’occasion aussi d’une plongée dans l'adolescence des années 80, comme une petite archéologie des Trente Glorieuses.
Creusons, pendant que mère et fils se redécouvrent et s'apprivoisent, tendres et drôles, funambules maladroits.
Creusons.
Mais pas trop loin.
Parce que les fouilles, même familiales, peuvent présenter quelques dangers.

Mon avis :

    Avez-vous déjà eu des lectures qui vont ont retourné l'esprit et les émotions ? Avez-vous déjà eu un livre qui faisait remonter après quelques pages, des souvenir que vous aimeriez chasser ? "Revenir fils" a eu cet effet sur moi. Le livre ne porte pas sur la démence, mais j'y ai ressenti des émotions similaires à ce que j'ai connu par le passé, pour le personnage principal. Je suis infirmière, et je n'ai connu que trop de fois ces moments où l'un des parents perd la mémoire, ne reconnaît pas ses enfants, en oublie jusqu'au prénom qu'ils portent. Ces moments où la famille vient vous voir avec un sourire triste en demandant "comment elle va aujourd'hui?" Avant d'aller dans la chambre où vous entendez les cris parce que la visite est devenue une inconnue Perdre la mémoire, les souvenirs et les émotions qui y sont mêlés est difficile. Recueillir cette souffrance faisait parti de mon travail. Je ne travaille plus avec les personnes âgées, mais plusieurs événements me sont revenus, certains plus difficiles que d'autres.
    J'ai eu le besoin de mettre le livre plusieurs fois en pause. Puis de le lire d'une traite. Je ne chasse pas mes souvenirs, ils font partis de moi.

    Une histoire écrite en deux temps, en deux tons, paroles d'un fils en parallèle de celles de la mère. Le fils revenant à la maison et abordant ses souvenirs en même temps qu'il passe le pas de la porte d'entrée, ou lorsqu'il s'endort contre une pile prête à s'écrouler ou un fauteuil empli de poussière. Ce fils qui revient, pris par les odeurs nauséabondes d'une maison négligée, où s'entassent depuis des années des brics et brocs, des journaux ou des cartons.
    Il s'agit aussi de se redécouvrir, mère et fils, de s'apprivoiser dans un environnement emplis de détritus qui sont comme des trésors. C'est aussi plonger dans les souvenirs d'adolescence du fils, de vivre à travers lui les deuils successifs de la famille. Comment ils ont pu l'un et l'autre avancer dans ce monde. C'est aussi penser au moment où tout a basculé pour cette femme, ses pertes également.

    Il s'agit d'un huis clos étrange, mais que je connais de part mon expérience professionnelle. Les accumulateurs compulsifs en souffrent autant que leur famille. Il y a du désarroi, le plus souvent accompagné d'un sentiment de honte et/ou d'épuisement. Mais il y a aussi, comme dans cette histoire, de la tendresse et de l'affection, même s'il est compliqué de l'envisager, même si elles sont entourées de tristesse. Les souvenirs s'égrènent et avec eux, les éléments qui permettent de comprendre pourquoi on en est arrivé là.

    L'écriture est très agréable. Au début un peu décousue, le temps de s'imprégner de l'environnement, mais s'ensuit une double voix avec rythme : les propos de la mère ont un langage propre, différent de celui du fils. J'aime beaucoup ces livres laissant à chaque voix la place de s'exprimer. J'ai aimé la façon qu'a eue l'auteur de partager cette réalité, avec une pointe d'humour noir, mais sans moquerie ni jugement. Il y a une logique dans la gestion de la maison de cette femme, et j'ai aimé la façon de nous la faire partager, par les yeux d'un fils déboussolé.

    Une fin ouverte à toutes les suppositions…

En bref :

Il y a ce qui est montré, ce qu'on souhaiterait cacher et autour, la réalité crue d'une maladie qui impacte l'ensemble des proches. Une écriture juste qui emporte le lecteur et le fait voyager aux côtés de ce fils se rapprochant de sa mère.



lundi 7 janvier 2019

"Nina est en colère" - Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon

De Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon, édition L'école des Loisirs, Jeunesse, Emotion, 2017.

Résumé :

Il y a des jours comme ça : rien ne va comme on veut. On essaie de garder son calme, mais c’est difficile. Pauvre Nina ! Elle va devoir laisser sa colère s’exprimer avant de trouver LA bonne idée pour l’anniversaire de sa maman.
À partir de 3 ans.

Mon avis :


    C'est l'anniversaire de sa maman, et Nina a envie de lui concocter une surprise. Mais rien ne va comme elle l'aimerait. En elle grandit un sentiment qui finira par la submerger jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'au final, il y a forcément une autre solution.

    Dans le rayon "histoire du soir", ce petit livre est un allié de choix pour discuter des émotions avec son enfant. Il est difficile pour certains enfants de contenir et gérer la colère, la frustration et autres sensations qui finissent parfois à s'exprimer de la façon la moins agréable. Ils ont aussi parfois du mal à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent. Passer par les livres est ce qui a le mieux fonctionné pour appréhender cette émotion forte avec mon fils.

    Le dessin est vraiment adorable, très descriptif, coloré et attractif. Le visage de Nina est parfaitement représenté, très expressif, se modifiant au fur et à mesure que la situation lui échappe. L'écriture est très accessible. Le dessin prend des doubles pages, aérant les illustrations. J'ai aimé les dégradés de couleurs, un peu de pastel, un peu plus vif par endroit. Je pense que c'est l'un des livres sur la colère que j'ai trouvé des plus doux : mon fils en redemande, imite parfois le cri de Nina quand la colère explose avec humour. Il réclame encore cette histoire et y trouve, je pense, un certain réconfort de voir comment la colère de Nina est montée, ce qu'elle aurait pu faire pour qu'elle n'explose pas ainsi que l'adorable fin.

    Le point fort : cette possibilité d'aller par étape, successivement pour expliquer comment, à chaque fois, Nina aurait pu passer à autre chose ou ce qu'elle aurait pu faire pour gérer cette émotion. Via cette histoire, le dialogue est aisé avec l'enfant : il comprend aussi que la colère est suivie d'un état de tristesse, mais qu'une fois passée, elle laisse place à la sérénité.

En bref :

Une histoire remplie de douceur pour aborder la colère avec son enfant. Un dessin agréable agrémenté d'un texte facile et accessible. Un régal à partager avec notre enfant !

dimanche 6 janvier 2019

"Bucéphale" - Pénélope Jossen


De Pénélope Jossen, édition L'Ecole des Loisirs, Jeunesse, Album, 2017.

Résumé :


Bucéphale est très grand. Alexandre est très petit. Bucéphale est un cheval. Alexandre est fils de roi. Bucéphale est indomptable : il a peur d’un monstre noir qui le suit partout, accroché à ses pieds. Alexandre, par sa jugeote, comprend qui est vraiment cet affreux, et comment l’anéantir. Pourvu que le roi son père le laisse approcher Bucéphale… Leur rencontre légendaire sera décisive. Ensemble, corps et âme, ils s’apprêtent à conquérir le monde et à livrer leurs deux noms à la postérité. À partir de 5 ans.

Mon avis :

     Lorsqu'un jeune garçon fait la connaissance d'un cheval totalement apeuré, il prend le temps de l'observer. Il doit bien y avoir une raison pour laquelle il refuse d'être monté. Il sait qu'il peut l'aider, il sait qu'il montera ce cheval. En aidant Bucéphale à vaincre sa peur, ils entreront ensemble dans l'histoire.

     Nous aimons l'Histoire à la maison. Petit et grands : des grandes pyramides en passant par les Gaulois ou les grandes guerres. Il existe d'ailleurs plusieurs ouvrages adaptés aux enfants pour comprendre le monde et comment il a évolué. Sans compter les BD d'Astérix qui émerveillent et font se poser des questions.

     J'ai été ravie de découvrir le livre du mois reçu par l'intermédiaire de l'école (Collection Minimax). Ici, nous parlons de l'enfance d'Alexandre le Grand, et quoi de mieux que de faire découvrir à mon fils cette amitié naissante entre un jeune garçon plein d'esprit et un cheval qui lui donnera toute sa confiance. Une découverte qui permet d'aborder d'autres thèmes historiques.
Non, non, nous ne cherchons pas à lui faire passer son doctorat en Histoire, mais nous aimons autant que lui répondre à ses questions sur comment le monde existait avant "nous".

     Je ne suis pas fan de la couleur jaune, je l'avoue, mais mon fils a aimé cette couleur de soleil, l'horizon toujours plus grand, ces dessins simples, mais qui dynamiques. L'amitié entre Alexandre et Bucéphale est une étape importante de l'histoire, et cela a permis de parler de la patience, du respect envers les animaux, de la bientraitance animale.

En bref :

Un livre qui combine Histoire, patience, bientraitance animale et amitié, mais aussi la curiosité et l'observation de ce jeune garçon. Un régal à partager avec mon loulou.


samedi 5 janvier 2019

"Les filles de Salem" - Thomas Gilbert



De Thomas GILBERT aux éditions DARGAUD, BD, 2018

Résumé :

Je me nomme Abigail Hobbs.
J'ai quatorze ans.
J'habite avec mes parents à Salem Village.
J'ai vécu une enfance heureuse, à l'abri des soucis.
Oui, pas le moindre nuage à l'horizon. Puis il y eut ce jour fatidique. J'étais dans ma treizième année.
Je m'en souviens précisément… Le jour où tout a commencé…

Mon avis :

     Abigail vit paisiblement à Salem Village, avec son père et sa belle-mère. Un jour, Peter, son ami d'enfance qui travaille au champ, l'interpelle alors qu'elle s'en va chercher de l'eau à la rivière pour lui offrir un petit présent. De là, rien ne sera pareil. Les jours innocents et paisibles se disloquent peu à peu. La suspicion entre par toutes les fenêtres des maisons. Abigail assiste à son premier conseil des femmes et comprend : oui, elle grandit, mais rien ne sera plus jamais comme avant. Les récoltes s'amenuisent. Le doute entre dans les esprits. Comment ramener les brebis à l'Église qui seule va les protéger ?

     Cette BD est superbe. Elle n'est pas parfaite et c'est ce qui la rend superbe.

     Le dessin est brut, les images ne laissent pas de place à l'imagination : elles racontent l'histoire sans besoin de mot, les émotions sont visibles sur les visages. Les premières pages, je n'ai pas accroché à ce style. À la dernière page, j'ai aimé cette façon dont l'auteur a su faire partager l'atmosphère de l'histoire via les coups de crayon. Les scènes les plus difficiles ne sont pas feintes, les dessins sont crus et amènent le lecteur dans ce monde.

     Les sorcières de Salem. Elles sont célèbres et pourtant, il subsiste des questions sur cette période où la population est arrivé à pendre une vingtaine de femmes. L'histoire ici racontée monte crescendo dans la folie humaine et dans ce qui peut pousser les gens à des actes aussi cruelles. Car la cruauté suinte dans de nombreux dialogues autant que dans le visage de certains protagonistes qu'on aimerait pouvoir effacer d'un coup de gomme.

En bref :

Entre colère et mépris envers certains personnages, le lecteur n'est pas épargné dans ses ressentis. Le genre de lecture qui retourne et fait réfléchir aux actes extrêmes dont l'être humain est capable porté par le groupe ou "l'autorité".

J'ai aimé, je vous le conseille !

mercredi 1 août 2018

Autour d'un break.

Crédit image : éditions d'art Daniel Derveaux

Hello lecteur, lectrice de passage et autres curieux.

Le blog est resté silencieux depuis le mois de mars. Je ne vais pas épiloguer sur mon absence du simplement à des investigations médicales. Comme elles se sont (enfin !) terminées, je dois dire que j'ai un peu plus la tête à autre chose. Il y a des événements qui nous tombent dessus sans que nous ne soyons prêt et je pense qu'on régit tous d'une façon différente.

J'avoue aimer le calme, me retirer de tout car je ne peux pas éparpiller mon énergie. Il existe des gens qui au contraire font face et sont capables de poursuivre leur quotidien, leurs passions, leur vie… Moi je préfère gérer en fonction de mes priorités.

Ce qui est étrange avec notre culture des réseaux sociaux et du "tout, tout de suite", c'est qu'il nous empêche parfois de prendre du recul sur les situations que nous vivons. Le besoin d'une pause, qu'il soit dans la vie privée, professionnelle ou sociale est important pour garder son équilibre, son "moi intérieur" serein.

Mais parfois, je l'avoue, j'envie les personnes capables de faire fi de tout et de vivre leur vie comme ils le souhaitent. Un travail intérieur à poursuivre.

En tout cas, les publications reprendront demain avec je l'espère, toujours autant de curieux :-).

Sabrina