jeudi 25 août 2016

"Police" - Hugo Boris




Merci à Lecteurs.com et aux éditions Grasset de m'avoir fait vivre l'aventure des Explorateurs de la rentrée littéraire !

De Hugo Boris, éditions Grasset, sortie prévue le 24 août 2016, Huit Clos, Société, Contemporain.

Résumé :


Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.

Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.

En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?


Mon avis :


    Gardien de la paix. Un métier aux services de l'autre. Virginie, Erik et Aristide ont accepté une mission qui ne fait pas partie de leurs attributions habituelles : raccompagner un migrant à l'aéroport afin que celui-ci soit raccompagné dans son pays : une reconduite à la frontière. Mais dans l'habitacle où la tension reste palpable, Virginie ouvre l'enveloppe de liaison qu'il faudra remettre à l’aéroport.
    De cet acte, les esprits s'échauffent : les interrogations sont nombreuses, et les volontés de chacun sont différentes. Entre ces policiers qui se connaissent bien, des silences entendus, des réflexions de franche camaraderie. Mais à côté d'eux : Asomidin Tohirov, un Tadjik, reconduit dans son pays. Les quelques heures qu'ils passent ensemble vont les transformer.


    Dans le climat politique national et international actuel, je n'ai pu qu'être touchée par l'audace d'un tel roman. Hugo Boris nous fait part de l'évolution des personnages dans une ambiance pesante, voire étouffante. On lit, on aimerait aller vite pour connaitre le dénouement, et en même temps, on le redoute.


    Avant de parler de l'histoire, j'aborderais ce qui m'a beaucoup frappé dans ce roman : les personnages. Virginie, Erik et Aristide sont Gardiens de la Paix. Virginie est enceinte d'Aristide, mais a programmé une IVG le lendemain de cette mission. Aristide est un homme charismatique, fort, mais qui cache une sensibilité que lui-même ignore. Enfin, Erik est leur supérieur, droit dans ses bottes, respectant les ordres et le rôle de chacun. Ce qui m'a frappé, c'est de retrouver ici non pas des agents, mais des humains, dans la complexité la plus complète de leurs sentiments. Je n'ai pas souvenir d'avoir retrouvé autant d'humanité dans un autre livre abordant des policiers souvent cantonnés à leur rôle d’agent, et c'est une bouffée d'oxygène : présenter ces hommes et femmes non pas par leur travail, mais uniquement par ce qu'ils sont au-delà de cet uniforme. Je me suis attachée à eux rapidement, l'auteur parvenant à toujours mettre en avant des souvenirs, des sensations, des sentiments proches du lecteur.


    L'histoire pourrait être tirée de faits réels. Mais je n'ai pas senti d'implication politique dans ce livre. Hugo Boris décrit une réalité, de façon brutale, réaliste. Ce qui est intéressant, c'est de découvrir comment les gardiens de la paix évoluent dans cette histoire, et pas uniquement vis-à-vis de leur responsabilité professionnelle, mais surtout par rapport à leur vie privée, leurs affects. N'étant pas une mission habituelle pour l'équipe, le côté humain est davantage mis en avant.
    Au milieu du livre, j'ai trouvé dommage qu'on ne parle que très peu d'Asomidin Tohirov. Mais au final, sa discrétion était plus pesante et appuyait davantage sur la psychologie des autres personnages. Et au final, je comprends ses silences et ses réticences. Le monde mériterait d'être meilleur.


    L'écriture de Hugo Boris est très agréable, facile d'accès et surtout impossible à lâcher : il parvient, dans un habitacle de voiture à faire émerger autant d'émotions que de réflexions. Un huit clos réussi, mais audacieux : on s’attend à de l’action, des échanges plus musclés. J’ai apprécié qu’il ne s’agisse pas d’un livre purement politique, ce qui aurait rebuté ma lecture. Au contraire, Hugo Boris est resté proche de l’humain, dans son histoire et dans écriture. Un bémol ? J'aurais aimé une introspection aussi approfondie pour Aristide et Erik que l'auteur ne l'a fait pour Virginie.



    Chaque lecteur pourra se faire une morale de ce livre. En l'achevant, je me suis demandé si nous devions tout accepter du moment où c'était notre "travail". L'auteur touche une corde sensible.


En bref :


Un livre brut, sans concession sur des événements actuels. Un livre qui fait réfléchir alors que le climat politique international n'est pas au beau fixe...

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