lundi 27 juin 2016

"Onysos le furieux suivi de Le tigre bleu de l'Euphrate" - Laurent Gaudé



De Laurent Gaudé, éditions Actes Sud, 2015, Théâtre, Histoire.

Résumé :
Assis sur un quai de métro new-yorkais, un vieillard entame le récit de sa vie: de sa naissance dans les monts Zagros à la prise de Babylone, de sa fuite en Egypte à son arrivée dans la cité d'Ilion, son existence fut une succession de pleurs et de cris de jouissance, d'orgies et d'incendies. Mi-homme, mi-dieu, Onysos se rappelle, le temps d'une nuit, à la mémoire des hommes.

Alexandre va mourir. Après avoir vaincu le grand Darius, après avoir construit des villes et fondé un immense empire, le voici terrassé par la fièvre. Sans peur, il contemple la mort et l'invite à entendre ce que fut son épopée, aiguillonnée par son désir de ne jamais interrompre sa course vers l'inconnu, de rester fidèle à cette soif intérieure que rien ne peut étancher.

Ces deux textes au croisement du récit, du monologue théâtral et du poème signent l'attachement de Laurent Gaudé à l'épopée antique - qu'elle soit mythologique ou historique - en composant deux figures de héros magnifiques confrontés à la fin, à la perte, au temps.

Mon avis :

Je retrouve avec toujours autant de plaisir la plume poétique et intense de Laurent Gaudé. Précise, mais onirique, les sujets de ses histoires sont différents et amènent au voyage. Laurent Gaudé précise au début du livre qu'il s'agit de deux textes écrits pour le théâtre, et on imagine aisément ce qu'il faut de puissance pour raconter ces histoires.
Le premier texte, "Onysos le Furieux" est différent du second "Le tigre bleu de l'Euphrate" quant au rapport au temps qui passe.
Dans le premier texte, ce vieil homme se raconte à un homme sur un quai de métro à New York. Il raconte sa naissance, ses ancêtres, sa vie de débauche et de fureur. Mais plus il se raconte, plus il rajeunit. Onysos conte avec force cette somptueuse Babylone, les portes d'Ur et le Mont Thabor. Il raconte ses colères, sa souffrance, mais il raconte l'Homme et fait émerger ce qu'il y a de plus inhumain dans l'humain. Et toujours, Onysos est mu par ce désir de vengeance. Et plus il se raconte, plus le vieillard rajeunit.
Le second texte fait référence à Alexandre le Grand. Ce jeune homme dont la conquête est gravée dans l'Histoire. Il raconte ses batailles, sa progression vers l'Est, sa chasse à l'homme lorsqu'il veut à tout prix attraper Darius. Car il sait que l'ombre se pose sur ses yeux. De ses victoires, de ces étendues qu'il a faites siennes, on retient également dans ce texte une seule "défaite", une seule fois, il a plié et ces raisons qui l'ont fait revenir en arrière sont humbles. Mais Alexandre a perdu la fougue de sa jeunesse.

L'écriture de Laurent Gaudé est toujours aussi précise, poétique. Ici, le fait qu'il précise que ces textes sont faits pour être clamés au théâtre leur donnent une consistance tout autre : on y sent la puissance vocale, on y sent le déchirement, on y sent l'obscurité et également le temps qui passe qui est le fil conducteur de ces deux textes.

En bref :

Deux textes qui rapprochent de l'Antquité. Poétique, rude, mais riche en sensations : de la vengeance quasi-permanente d'Onysos et de sa fureur, nous voguons ensuite sur les derniers mots d'Alexandre le Grand. Une invitation au voyage.

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