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dimanche 3 février 2019

"Tokyoland" - Benjamin Reiss


De Benjamin Reiss, éditions 12 Bis, Japon, BD, 2009.

Résumé :

Jean-Yves Brückman est un jeune dessinateur français qui se cherche. Il réalise un vieux rêve : partir au Japon pour y vivre. Il va se heurter à l’apprentissage d’une vie d’immigré. Après plusieurs échecs professionnels, et bien qu’ignorant tout du manga, il va devenir assistant mangaka. Il fera la rencontre de plusieurs dessinateurs japonais, explorant les coulisses de ce monde fait de bulles et de cases. A l’instar de Stupeur et tremblement ou Lost in translation l’auteur nous plonge dans un univers où les codes sont déroutants. Un récit sensible et drôle.

Mon avis :

    Jean-Yves fait ses études en France. Il rencontre Kayoko à une fête. Lorsqu'ils se revoient, ils se rapprochent alors qu'il prend des distances avec sa petite amie d'un commun accord. Kayoko doit cependant retourner au Japon, et Jean-Yves prend la décision de la suivre. Après avoir terminé ses études et mis de l'argent de côté, c'est le grand départ. Il a appris un peu de Japonais, assez pour se débrouiller dans ce nouveau pays. Arrivé sur place, tout ne se passe pas comme prévu, Jean-Yves doit trouver un travail, faire face au quotidien et retrouver Kayoko. De petits boulots en petits boulots, il rencontre différents mangakas où il pourra développer son talent et étoffer son book.

    L'histoire est agréable à lire, des points d'humour égayant l'expérience raconté par le dessinateur. Le personnage de Jean-Yves est attachant, on apprécie de suivre son quotidien et ses déconvenues dans ce nouveau pays. Il n'y pas de censure dans les dialogues, abordant des thèmes comme la sexualité ou l'ivresse.
    Les dessins sont atypiques, tout en rondeur. Les couleurs également, on retrouve des teintes de vert-de-gris, un peu bleuté. J'ai apprécié le coup de crayon. Cela me sort de ma zone de confort et me donne à voir les représentations différemment.

Mais.
    Avec le titre, "Tokyoland" fait penser à une immersion dans Tokyo, la ville qui ne dort jamais. Découvrir des quartiers populaires ou plus atypiques. Mais non. Le peu de temps où Jean-Yves parle de sa découverte du pays, cela tient en quelques cases à peine, sans être développées. La BD décrit quasi exclusivement l'expérience professionnelle du personnage dans ce nouveau pays. Dommage, il aurait été agréable de découvrir plus sur le pays, ses mœurs et habitudes. Le côté culture japonaise n'est donc qu'esquissée.
    J'ai apprécié la description du travail avec les mangakas, le soin apporté à certains détails comme les plumes pour l'encrage. J'ai davantage voyagé avec "Tokyo Sanpo" de Florent Chavouet que dans cette BD. Je viens de voir qu'il y a une autre BD "Supertokyoland" que j'irai bien feuilleter pour me faire un nouvel avis.

En bref :

Une BD agréable, des dessins tout en arrondit, frais. Une plongée dans l'univers du travail de dessinateur, ici et au Japon. Dommage, il manque le côté immersion dans la culture d'un nouveau pays.

mercredi 16 janvier 2019

"Tokyo Sanpo" - Florent Chavouet


De Florent Chavouet, édition Philippe Picquier, Dessin, Tokyo, 2009

Résumé :

" Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde.
Plus qu'un guide, voici un livre d'aventures au cœur des quartiers de Tokyo. Pendant ces six mois passés à tenter de comprendre un peu ce qui m'entourait, je suis resté malgré tout un touriste. Avec cette impression persistante d'essayer de rattraper tout ce que je ne sais pas et cette manie de coller des étiquettes de fruits partout, parce que je ne comprends pas ce qui est écrit dessus. À mon retour en France, on m'a demandé si c'était bien, la Chine.
Ce à quoi j'ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants. "

Mon avis :

    Je vous ai déjà présenté l'un des livres de Florent Chavouet "Petite coupures à Shioguni". Une histoire, avec scénario et des personnages hauts en couleur. Ici, il n'y a pas d'histoire, où plutôt elle n'est pas raconté de façon habituelle. Il s'agit davantage d'un carnet de croquis dans lequel on plonge à la découverte du Japon, de Tokyo et du quotidien de l'auteur dans cette magnifique ville.

    Le livre est scindé en "chapitres" débutant chacun par la représentation d'un petit "koban", un poste de police de quartier. Florent Chavouet explore la ville à vélo et présente tout ce qu'il a pu observer dans la ville. En plus des koban, le lecteur a le plaisir de découvrir les dessins de chaque quartier : jusqu'au bout, nous pouvons nous représenter son voyage comme si on y était. Et c'est le plus de ce livre, c'est un peu comme un album souvenir.

    Le dessin, je serai très subjective, car je l'aime beaucoup. Ni enfantin, ni adulte, ni trop ni trop peu, j'aime énormément le style de l'auteur : en rondeur, en couleur, et même en réalisme. Je l'ai lu plusieurs fois et à chaque lecture, je découvre autre chose, un petit chat, une petite annotation, un paysage, un visage. Il y a tellement à découvrir qu'on ne se lasse pas de tourner les pages. On est embarqué en plein voyage, chaque planche nous raconte un morceau du quotidien, la découverte d'une boutique, d'une rue. On découvre Tokyo sous les coups de crayon de Florent Chavouet, et c'est un plaisir.

  
 
           Illustrations tirées du livre.

En bref :

Carnet de voyage d'un séjour à Tokyo, Florent Chavouet dessine avec talent les endroits qu'il y a visités. À découvrir !

mardi 15 janvier 2019

"Et il neigeait sur le Japon" - Roger Raynal


En partenariat avec les éditions de la Rémanence que je remercie.

De Roger Raynal, aux éditions de la Rémanence, Roman, 2018.

Résumé :

Au début des années 90, à Toulouse, un étudiant en sciences amoureux des mots rencontre Satoko. Elle est venue étudier, pour un seul semestre, la littérature française. Peu à peu, en dépit de leur différence de culture, les jeunes gens se découvrent, puis s’aiment. Dans ces beaux instants rythmés par les œuvres qui les enchantent et les rapprochent, chacun préfère ignorer le bruit du temps : Satoko devra bientôt rentrer. Sauf si…

Mon avis :

    Lorsque Satoko fait la rencontre d'un étudiant toulousain pendant son année d'étude en France, elle n'imaginait pas la relation qui en découlerait. Le jeune homme lui-même se laisse bercer par des rencontres qui ne font pas d'eux réellement un couple, mais qui y ressemble un peu. De ces moments à deux, naîtront des échanges sur le sens de la vie, des sentiments, sur les nombreuses beautés de la littérature française ou japonaise. De Toulouse à Tokyo, nous voyageons à côté de cette rencontre atypique, peut être également bercée par une forme d'illusion.

    J'ai reçu le livre il y a quelques mois déjà. Je l'ai lu une première fois, l'année 2018 a été un peu rude au niveau santé, et cela m'a donné un goût de liberté, une légèreté. J'ai ensuite relu ce livre durant les périodes de Noël, y ressentant les mêmes émotions : un sourire un peu naïf en observant deux jeunes "adolescents" découvrirent leur sentiment. Les mots glissaient sur le papier, avec des tournures poétiques, des descriptions permettant de visualiser la scène, comme si on y était.

    Le style de l'auteur m'a frappé dès les premières pages : très recherché, poétique, puisant de nombreuses références dans la littérature et dans ce qu'elle a de plus attirant. Les expressions, le vocabulaire, les métaphores peuvent paraître lourds. J'y ai trouvé un vrai plaisir de lecture : un style que je n'avait pas lu depuis un livre que je n'ai pas encore présenté (que je relis actuellement pour la 3e fois tant il est complexe à décrire). Un style qui met en avant toute la beauté de la langue française, tout son panel de beaux mots, ses couleurs et intonations, ses émotions et le plaisir des belles phrases. C'est pour moi, un point fort de ce livre : la recherche constante d'une prose étudiée, variée, même si on y trouve de la redondance avec des expressions répétitives de chapitre en chapitre. Mais en me lisant bien, chacun pourra aussi trouver chez moi les tournures que j'utilise à l'usure.

    Le personnage de l'étudiant, je m'en faisais la remarque pendant la seconde relecture, je n'ai pas souvenir d'avoir eu son prénom prononcé à un seul moment. Ce personnage est déstabilisant. Autant on y aime son vocabulaire et sa capacité, parfois un peu trop, à fournir des citations entières de roman ou poème (j'en suis incapable pour ma part.), autant il peut agacer dans ses non dits. Par moment j'ai juste eu envie de lui dire : "sois plus clair, dis les choses telles qu'elles sont".
    Satoko, à l'image de nombreuses Japonaises et de cette culture si attrayante, est plus effacée, avec un caractère fort que l'on ressent non dans les échanges ou les citations qu'elles prononcent, mais dans ses actes. Cultivée, elle n'est pas éclipsée par la culture du jeune étudiant. J'ai aimé la différence entre Satoko comme perdu à Toulouse, un peu éteinte, et celle que l'on retrouve à Tokyo, épanouie dans un environnement qu'elle maitrise. 

    Une chose qui m'a gênée en première lecture, mais que je prends avec recul aujourd'hui, ce sont les propos tenus par le jeune étudiant sur la France, sa langue, ce qu'elle est devenu. Mais lorsqu'on s'intéresse un peu à la culture japonaise et surtout à la façon dont ils apprennent notre langue et notre culture, on peut comprendre le dépaysement, le choc que cela peut faire. Il existe un véritable choc entre la jolie carte postale de la tour Eiffel et la réalité des rues pas toujours propres, des services qui peuvent avoir du retard, la belle littérature qui n'est pas retranscrite ainsi dans notre quotidien. Alors oui, je comprends ce choc, je comprends ce qu'a voulu dire ce jeune étudiant. Nos pays sont différents, nos sociétés sont à l'opposé, et peut-être en attend-t-on trop ?
    Je n'ai pas été choquée que cela soit décrit dans ce livre, cela est souvent dit au Japon… Cela est tout même pénible à entendre. Nous sommes perfectibles face à un pays dont le conducteur de train s'excuse platement pour 2min de retard… D'ailleurs, les cours de "discussion" ont beaucoup de succès : apprendre une langue oui, mais savoir discuter dans celle-ci est bien différente. On se souvient tous de "Where is Brian ?". Il n'a pas dû quitter la cuisine depuis de nombreuses années. On apprend plus facilement une langue en l'entendant et en la pratiquant dans le quotidien. 


     J'ai adoré voyager à Toulouse dans la première partie, où on sent les possibles de la relation. Puis atterrir à Tokyo, certes avec les avantages qu'a eu cet étudiant d'être logé, lui laissant la liberté de nous faire découvrir les différents quartiers de la ville. Les descriptions sont agréables, on est embarqué dans la découverte de la grande Tokyo, avec un sentiment de solitude qui effleure les pages. Même si on se doute de l'issus dès le départ… 

En bref :

Une lecture plaisir, un voyage littéraire et dans la complexité du sentiment amoureux. Le plaisir aussi de me noter certaines références littéraires, nombreuses dans ce livre, qu'il s'agisse du temps passé à Toulouse ou alors à Tokyo. Le plaisir d'avoir lu une histoire d'amour où la littérature a servi de flèche d'Apollon.